Piégés en République dominicaine

Les travailleurs haïtiens doivent être entendus ce jeudi par la justice dominicaine. En attendant, ils vivent dans des conditions pénibles dans un vieil immeuble de San Cristobal, après des années passées à travailler très dur.

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L’émouvante histoire

 Dix heures du matin. Il fait 25 degrés C à San Cristobal, en ce dernier lundi de janvier. Les travailleurs haïtiens en difficulté sur le territoire dominicain – qui ont fait l’actualité la semaine dernière – s’activent à l’intérieur de la vieille remise transformée en centre d’hébergement depuis plus d’une semaine. Chacun s’affaire à une besogne personnelle pendant que Tania Jean, une jeune femme dans la vingtaine, fait bouillir le repas collectif dans une large chaudière installée sur un grand réchaud à gaz propane, juste à côté d’une pile de vaisselle sale.

Pour passer le temps, des jeunes hommes jouent aux cartes, indifférents aux enfants en bas âge qui font des allées et venues près du vieux camion en panne qui sert de chambre à Chantal Planquet, une femme enceinte. Le mari de Chantal et deux autres personnes y dorment également, tandis que les autres réfugiés se reposent dans des tentes éparpillées un peu partout dans la cour extérieure. La femme enceinte déplore les conditions dans lesquelles les enfants sont contraints de vivre, mais… a-t-elle le choix ?

A 30 ans, Francisco Ojilus – le mari de Chantal – serait le plus vieux de la bande. Il dit qu’il a passé presque la moitié de sa vie à travailler pour les entreprises de commercialisation de noix de coco « Coquera du Km 5 » et « Coquera Real », à San Cristobal, actuellement en faillite.

Le rude travailleur se souvient comme si c’était hier de son arrivée illégale à Santo Domingo en 1999, un peu à la manière des esclaves au temps de la colonie. « Un ami du patron est venu nous chercher directement à Maïssade, confie le « leader » du groupe. Arrivés à la frontière, nous avons été transportés dans un gros camion couvert d’un prélart, de manière à tromper la vigilance de la police. Nous ne savions même pas quel genre de travail nous allions faire.»

Ces travailleurs, qui gagnaient en moyenne 2 500 pesos par semaine sans aucun avantage social, ont habité depuis dans les locaux de « Coquera du Km 5 y Coquera Real ». « Nous y avons travaillé très dur, sans jour de repos ni aucun soin médical quand nous étions malades », rapporte M. Ojilus, les yeux remplis de tristesse.

« La compagnie étant alors à ses débuts, nous avons vécu dans des conditions infrahumaines, jusqu’à ce que nous ayons pu construire des maisonnettes avec nos propres moyens, dans la cour de la compagnie, ajoute le porte-parole du groupe, sous les regards approbateurs de ses compatriotes. Plusieurs fois, nous avons demandé de retourner chez nous, surtout après l’assassinat de l’un d’entre nous par un Dominicain, mais le chef n’a pas voulu ».

Des mineurs…

La majorité de ces travailleurs ont moins de trente ans. Pis encore, plusieurs d’entre eux sont mineurs. « Mes parents n’étaient pas d’accord, mais j’ai tenu à venir pour gagner un peu d’argent », confie Calixte, 15 ans, qui a dû abandonner ses études scolaires à Maïssade.

« Nous n’avons jamais été autorisés à quitter les locaux de la compagnie, c’est là que nous faisions tout », ajoute, l’air timide, Lucky Pierre, 17 ans, un jeune homme de haute taille aux cheveux tressés. Calixte et Lucky sont arrivés dans la compagnie il y a 10 mois après avoir franchi, eux aussi, la frontière de façon illégale.

Au moment de la faillite de la compagnie, les travailleurs n’en ont pas été informés. « Nous avons seulement constaté que le local était mis en vente, déplore Gérald, dans un créole mêlé d’espagnol. Lorsque plus tard, le propriétaire nous a demandé de partir, nous ne pouvions aller nulle part puisque nous n’avions pas un sou. En plus, il nous doit encore 4 mois d’arriérés de salaire.» Les travailleurs dominicains, eux, auraient été payés…

Plus loin, Gérald ajoute que le propriétaire a fait appel à des policiers pour leur faire quitter les lieux. « L’un d’entre nous a même reçu une balle au pied », dit-il.

Pas question de partir sans dédommagement

Sur ces 112 travailleurs haïtiens, 10 ont déjà été déportés et deux autres « enlevés » par l’immigration dominicaine. Après avoir passé 40 jours devant le ministère du Travail dominicain, les 100 autres sont tous logés dans ce garage à San Cristobal grâce à leurs avocats, Carlos Manuel Sanchez Diaz et Lucas Manuel Sanchez Diaz. Ils sont aussi assistés par des bénévoles haïtiens et dominicains.

Ces migrants réaffirment qu’ils ont été trompés par les responsables de l’Organisation internationale de la migration (OIM), qui ne leur a pas donné le temps de lire les papiers qu’ils leur ont fait signer. Ainsi rejettent-ils d’un revers de main la proposition de l’OIM de recourir au Programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration, qui concerne les victimes du séisme de 2010. Ils se disent prêts à retourner volontairement dans leur pays, à condition d’être d’abord dédommagés. En attendant, ils ne souhaitent aller nulle part de peur d’être victimes des sbires de leur ex-patron.

« Cette intervention non sollicitée de l’OIM, qui doit être qualifiée d’interférence dans une lutte ouvrière où la responsabilité d’un ministère est plus qu’évidente, est profondément regrettable », indique pour sa part le responsable de la fondation Zile, Edwin Paraison, estimant qu’il est totalement illogique que ces ressortissants abandonnent un combat légal qui pourrait leur rapporter collectivement 375 000 US$ pour recevoir moins de 20 000 US$ de l’OIM…

Le cabinet Sanchez, dans son désir de venir en aide aux victimes, peu importe leur nationalité, de violations des droits humains en République dominicaine, a jugé bon d’offrir un espace à ces migrants. Les Sanchez promettent d’accompagner les victimes jusqu’au bout, dénonçant la violation de l’article 137 -3 de la Convention sur les droits des migrants approuvée par la République dominicaine. « Cette loi condamne le trafic humain », affirme Carlos Sanchez, qui voit dans cette affaire un trafic de mineurs et une violation de leur droit à l’éducation.

Si l’ambassade d’Haïti à Santo Domingo a été dénoncée pour son inaction, l’ambassadeur Fritz Cinéas explique vouloir gérer la situation en « vrai diplomate ». A en croire ses explications, l’ambassade y travaille « activement », mais « discrètement ». Outre l’aide humanitaire apportée aux victimes, « nous allons continuer à lutter pour nos compatriotes », jure-t-il.

Par ailleurs, nous avons pris connaissance d’une lettre signée par Fritz Cinéas et adressée à la coordonnatrice du PNUD en République dominicaine, pour la mettre en garde contre « le plan orchestré par des organismes de l’Etat dominicain de concert avec l’OIM pour évacuer les protestataires haïtiens », en attendant la seconde audience devant la justice dominicaine prévue pour ce jeudi 31 janvier 2013. Une lettre avec la même teneur aurait également été envoyée au directeur de l’OIM à Genève.

Lire aussi: Près d’un million de dollars US aux 112 immigrants haïtiens

Reconstruire mieux, comme on peut

Beaucoup de maisons ont été détruites par le séisme du 12 janvier 2010 à Morne Lazarre, dans la commune de Pétion-Ville. Boss Matthieu est l’un de ces courageux propriétaires qui reconstruisent leurs maisons avec les moyens du bord.

La maison de Boss Matthieu* sera bientôt habitable à nouveau, trois ans après sa destruction complète lors du séisme de janvier 2010. « Petit à petit, je vais finir par reconstruire ma maison, puisque je n’ai reçu l’aide de personne », indique le quinquagénaire, maçon de son état, tout en mettant la touche finale à l’un des plafonds de sa petite maison de moins de 30 mètres carrés àu Morne Lazarre.

L’odeur du béton toujours dans son coffrage se propage dans les couloirs étroits de la rue Pierre Sully, où plusieurs autres maisons de même facture sont en pleine reconstruction.

Aidé par Lesly, son apprenti, Boss Matthieu fait de son mieux pour que sa nouvelle demeure soit plus solide que la précédente. Il essaie de respecter les consignes fournies à la télévision, bien qu’aucun expert patenté n’aie jusqu’ici évalué son travail. « On y met plus de fer et, à chaque cinq rangées de blocs, on ajoute une poutre, ce qui rend la construction plus solide  », explique-t-il, pour montrer qu’il ne construit pas de la même façon qu’avant le séisme.

Lorsqu’on lui demande s’il a obtenu de la mairie l’autorisation de reconstruire au même endroit, son regard devient fuyant. « Vous voyez que j’ai très peu de moyens… Et, de toute façon, personne ne m’a rien demandé ! »

Après le tremblement de terre, Boss Matthieu s’était refugié, avec sa femme et ses quatre enfants, dans un camp d’hébergement, puis dans une habitation provisoire dans le même quartier. Heureusement, il n’y a pas eu de mort dans sa famille, mais l’effondrement de sa maison de trois étages – dont une partie avait été louée – a tué deux personnes et fait plusieurs blessés aux alentours.  

Tout autour, plusieurs habitations portent encore les stigmates de ce violent séisme. Boss André*, un autre habitant du quartier qui gagne aussi sa vie dans la maçonnerie, est de son côté très sollicité par les infortunés propriétaires de Morne Lazarre. Lui aussi assure qu’il reconstruit les maisons d’une façon plus sécuritaire, bien qu’on ne puisse pas dire que toutes les règles parasismiques sont respectées.

Boss André dit constater que les propriétaires comprennent mieux l’importance d’une construction de qualité. « Avant, ils avaient tendance à toujours vouloir dépenser le moins possible. Mais maintenant ils savent que même si la construction est plus coûteuse, c’est dans leur intérêt », indique ce professionnel, content d’avoir pu bénéficier d’une formation en construction parasismique dispensée par une ONG.

Les deux ouvriers sont d’accord pour dire qu’il y a encore beaucoup d’autres facteurs à prendre en compte pour construire mieux, notamment en ce qui a trait à la qualité des matériaux et à celle des terrains. « Malheureusement, bien des gens continuent de construire n’importe où et n’importe comment », déplorent-ils en chœur, au milieu du tintamarre ambiant.

*Matthieu et André sont des noms d’emprunt

Vers la coopération haitiano-roumaine

La République de la Roumanie dispose désormais d’un consulat honoraire en Haïti. Sis au no 18, impasse Rigaud, avenue Lamartinière (au local du collège Oswald Durand), ce nouveau consulat a été inauguré le week-end écoulé au cours d’une cérémonie très conviviale.

6h p.m., les tables garnies sont prêtes au troisième étage du collège Oswald Durand.  A l’entrée de l’impasse Rigaud, une file de véhicules officiels est formée. Les riverains du voisinage font des allers-retours dans une impasse en pleine réparation. Les drapeaux d’Haïti, de la Roumanie et de l’Union européenne flottent sur le toit du collège. La musique classique jouée en arrière-plan en dit long sur l’événement qu’il accueille. Il s’agit d’une soirée à la chandelle organisée en plein air.

Les vins blanc et rouge sont déjà servis. Les invités arrivent peu à peu. Le doyen de la mission diplomatique en Haïti, le curé de la paroisse Saint-Louis Roi de France, les ambassadeurs et consuls des pays amis d’Haïti et de la communauté européenne, les représentants de la Minustah, les membres des organisations internationales et ceux du gouvernement prennent place un moment autour des petites tables. Un véritable moment de retrouvailles. Une ambiance conviviale commence à se créer, en dépit du vent qui apporte quelquefois de la poussière, cassant un peu le rythme.

La pluie s’annonce. Les responsables doivent se dépêcher  et commencer les discours plus tôt que prévu.  « La Roumanie a déjà eu des relations diplomatiques avec Haïti, mais depuis plus de 4 ans, ces relations était interrompues », souligne le vice-consul honoraire Joseph Perard Pierre, content de ce que la Roumanie ait pu enfin retrouver un nouveau consul capable de resserrer les liens existant entre les deux pays. « Nous allons faire du consulat de la Roumanie un consulat actif, capable d’ouvrir d’autres portes aux Roumains, Haïtiens et autres ressortissants, vers des échanges commerciaux, éducationnels et touristiques », promet Joseph Perard Pierre, également directeur du collège Oswald Durand.

Le directeur appelle les Roumains à aller constater par eux-mêmes les richesses d’Haïti et à venir y investir. Il invite également les Haïtiens à aller visiter ce « beau pays de l’Europe ». « Les chambres de commerce haitiano-roumaines devront s’unir pour aider commerçants et artisans à décoller », affirme M. Pierre, sous une pluie battante.

Chassés par la pluie, les participants ont dû aller s’entasser dans le salon diplomatique exigu pour écouter le discours du consul honoraire, toujours dans une ambiance récréative.  « Certes, ce poste existait déjà depuis plusieurs années, mais depuis le décès de  mon prédécesseur en 2008, il n’avait pas été comblé. Sans  nul doute, les autorités roumaines entendaient prendre leur temp, évaluer les éventuelles candidatures et manifestations d’intérêt, refonder sur de nouvelles bases les relations entre les deux pays », indique M. Huswald Timothée, fier d’avoir l’opportunité« d’imprimer cette nouvelle dynamique et ce nouveau tournant aux rapports sereins entre les deux républiques».

« La solidarité roumaine à l’endroit d’Haïti ne demande qu’à se renforcer et à s’amplifier au cours des prochaines années », poursuit le consul honoraire, reconnaissant envers la Roumanie pour son aide à Haïti durant ces quatre dernières années particulièrement au lendemain du séisme de janvier 2010.

Les différentes coupures d’électricité qui plongent la petite salle dans l’obscurité complète n’interrompent pas le discours de M. Timothée ni ne gâchent l’amusement des invités. « Je souhaite établir, maintenir et resserrer des relations fortes, constantes et sincères avec chacun d’entre vous », conclut-il, avant de lever son verre.

La cérémonie a marqué également la célébration de la fête nationale de la Roumanie. Elle a été suivie de la projection d’un documentaire présentant les principales  infrastructures et structures de ce pays situé au sud-est de l’Europe, avec sa biodiversité,  ses couchées de soleil au bord de la mer Noire, ses églises, son artisanat, etc.

A quand la réhabilitation du CFEF ?

Presque trois ans après le séisme de janvier 2010, le Centre de formation pour l’école fondamentale (CFEF), dont les locaux ont été grandement affectés, n’est toujours pas réhabilité. Les réfugiés qui y vivaient ont certes été évacués récemment, mais l’établissement reste dans un état piteux.
 
Midi. Des ordures brûlent dans l’allée qui mène au Centre de formation pour l’école fondamentale (CFEF), à Martissant, pendant que des étudiants vaquent tranquillement à leurs activités dans les couloirs de cette école. Cependant, l’insalubrité qui y règne est beaucoup moindre ce mercredi 7 novembre 2011, par rapport aux jours précédents. Des agents, peu équipés, de la mairie de Port-au-Prince, amassent des immondices dans un coin de l’arrière-cour de l’établissement. Le chef de cette équipe de cinq personnes, Johnson Smith Chéry, affirme avoir commencé ce nettoyage bien avant le passage de l’ouragan Sandy, ce que les étudiants rejettent d’un revers de main.

« La mairie n’a rien fait du tout », proteste un étudiant visiblement offusqué, sous le regard approbateur de plusieurs autres, tous requérant l’anonymat. Ces étudiants manifestent leur reconnaissance envers les autorités d’être parvenues à reloger les victimes du séisme de janvier 2010 avec qui ils ont cohabité durant presque trois ans, mais ils sont loin d’être satisfaits. « C’est un très grand pas, mais il reste encore beaucoup à faire », estime l’un d’entre eux.

En effet, après que l’Organisation internationale de la migration (OIM) eut réussi à reloger les familles qui vivaient dans cet établissement, à la veille de la rentrée scolaire, aucun nettoyage n’y a été réalisé.  Les étudiants n’auraient pas pu fonctionner dans l’espace impraticable qu’était devenue cette école, après le relogement des réfugiés. « C’est nous-mêmes, trois jours avant la rentrée, qui avons, avec l’assistance de la direction, organisé deux journées d’assainissement », se félicite un étudiant de 3e année.

Toutefois, le CFEF est, manifestement, loin de retrouver son image d’avant le séisme. A sa réouverture le 5 novembre 2012, c’est dans un local en état de délabrement que l’institution accueille, encore une fois cette année, les futurs enseignants à l’école fondamentale. La majeure partie de l’immeuble est couverte de poussière, comme une vieille maison abandonnée. Les visiteurs et les parents y sont accueillis par les graffitis injurieux tracés par les sinistrés sur différents murs de l’établissement. Les toilettes mobiles utilisées par ces derniers tout comme les immondices rassemblées par les étudiants sont empilées dans un coin de la cour, en attendant que la mairie les fasse enlever. Une partie de la clôture détruite par le séisme de janvier 2010 donne libre accès à l’école. Pis encore, l’unique centre de formation des maîtres pour l’école fondamentale du pays est converti en un véritable site de décharge :les riverains  du voisinage y jettent leurs détritus du haut de leur maison.

« La clôture doit impérativement être reconstruite, car l’école est située dans une zone très dangereuse », fait remarquer Jacques Ronald Jean, un ancien étudiant du CFEF, qui est aussi le responsable du syndicat des enseignants du fondamental. Préoccupé par la sécurisation de l’école, ce dernier souligne que des actes de banditisme sont couramment perpétrés dans les environs et que les anciens réfugiés continuent de fréquenter la cour de l’école.

En dépit de tout, les « Cféfiens » sont fiers de la formation qu’ils reçoivent. « Les professeurs sont très motivés, malgré la précarité de l’espace et le manque de matériel de travail », soutient l’ancien étudiant Jacques Ronald Jean, attirant l’attention sur le laboratoire informatique et la bibliothèque de l’école qui sont très peu équipés. Le responsable du syndicat des enseignants du fondamental plaide aussi pour l’intégration des étudiants finissants du CFEF au système éducatif haïtien, comme promis dans la charte de l’école. « A ma connaissance, moins de 20% des finissants parviennent à être intégrés dans les écoles publiques après leurs études », fait-t-il remarquer.  Dans le cycle de formation, il est également prévu une année de probation dans les écoles publiques et dans les EFACAP (École fondamentale d’application – Centre d’appui pédagogique), mais cela peine encore à se concrétiser, selon Jacques Ronald Jean qui appelle le MENFP à solutionner ce problème dans le plus bref délai.

« Nous sommes disposés à dialoguer avec le MENFP, mais il faut bien que les responsables nous écoutent, car le système a besoin de nous », affirme un étudiant finissant qui souhaiterait qu’un diplôme lui soit délivré à la place du simple certificat attribué aux étudiants de CFEF depuis 1999, après leurs études. Ce dernier se dit heureux d’apprendre que ce problème sera bientôt résolu, à en croire le directeur de l’école. « Nous avons effectué plusieurs démarches auprès de l’ex-ministre de l’Education nationale Réginald Paul, qui n’ont pas abouti. Son successeur, Vanneur Pierre, à qui nous avons envoyé plusieurs lettres, restées sans suite, ne s’est pas encore prononcé sur nos conditions d’apprentissage », révèle cet étudiant qui s’attend à une visite prochaine du ministre de l’Education au centre.

Le directeur du CFEF, Gustave Joseph, affirme, quant à lui, avoir eu une brève rencontre avec le ministre Vanneur Pierre, qui lui a garanti que de nouvelles orientations sont prévues par le ministère pour le CFEF. « Nous allons réaliser bientôt un atelier qui va proposer un plan de renforcement », confie-t-il, assurant que des dispositions sont déjà prises par la direction de l’école pour réaliser certains travaux, dont la reconstruction de la clôture, avec les fonds propres de l’institution. Ces travaux, selon lui, débuteront aussitôt que l’OIM et la mairie de Port-au-Prince auront effectué l’assainissement complet de l’école. Personne ne sait quand exactement.

Gustave Joseph est conscient des différents problèmes auxquels est confronté le CFEF,  les même qui affectent tout le système éducatif haïtien. Le directeur assiste tout comme les étudiants au non-respect des engagements pris par les autorités de l’éducation envers l’institution qu’il dirige.

M. Joseph fait savoir qu’une étude réalisée par la Banque mondiale et des ingénieurs du génie scolaire montre que le bâtiment principal a été gravement endommagé et qu’il doit être remis en état dans un premier temps. « Mais aucune disposition n’a encore été prise », affirme-t-il.

En attendant, les étudiants s’nterrogent sur la négligence des responsables de l’éducation vis-à-vis de leur école, qui devrait normalement jouer un rôle de tout premier plan dans le système éducatif haïtien. Selon eux, l’avenir de l’enseignement fondamental en Haïti est étroitement lié au leur. Ils se disent déterminés à aller jusqu’au bout dans leurs revendications et leur désir de voir le CFEF s’élever à un niveau digne de son importance dans la société haïtienne, à un moment où le ministère de l’Education nationale prône « l’éducation pour tous » et le « virage vers la qualité ».

Lire aussi: Au secours du Centre de formation pour l’école fondamentale

 

Les cicatrices laissées par Sandy dans le Sud

 
L’agriculture est le secteur le plus touché par le passage de la tempête Sandy dans le Sud, département le plus affecté par ces intempéries. Plus de deux semaines après, cette zone riche en productions agricoles diverses peine à se remettre des dégâts. Les réponses des autorités concernées jusque-là se révèlent insignifiantes, puisqu’elles ne ciblent pas vraiment les problèmes d’infrastructures de la région.

Il est 8 heures du matin, des élèves empruntant la route boueuse de Cavaillon-Bercy se dépêchent de rentrer en classe. Les flaques d’eau laissées par les pluies de Sandy y sont encore présentes. Les routes menant vers les localités, si elles ne sont pas complètement impraticables à cause des éboulements, deviennent très dangereuses pour la circulation. L’école Académie chrétienne de Martineau, logée chez le maire de Cavaillon, à proximité de la ville, accueille très peu d’écoliers ce lundi, en raison du mauvais état des routes. Les agriculteurs Will Pharo et Wilner Elysée père de 11 enfants, dans la cinquantaine, viennent partager leur frustration avec le maire de cette commune.  « J’avais plusieurs jardins de pois Congo et de canne à sucre, mais la tempête n’a rien laissé», se plaint M. Elysée dont la source de revenu dépend entièrement de l’agriculture.

« L’agriculture dans notre commune est sévèrement touchée, les gens sont devenus plus vulnérables que jamais », soutient le maire de la commune de Cavaillon, Yves Delva, qui s’inquiète de l’impact de cette situation sur l’économie des paysans.  M. Delva ne présente pas un bilan des dégâts, mais il fait état d’une quantité élevée de plantations dévastées par les eaux, et de maisons endommagées dans sa communauté, dont deux écoles fraîchement construites.  On peut constater que la quasi-totalité des canaux d’irrigation dans la commune de Cavaillon sont complètement bouchés par des remblais. L’accès à la route menant au plus grand hôpital du Sud, l’hôpital Lumière de Bonne-Fin, est difficile et dangereux. La route de Baradères est impraticable.

Il n’y avait pas de système d’irrigation à Laurent, 5e section communale de la ville des Cayes, dont la situation agricole s’est aggravée après le passage de la tempête Sandy. Certains endroits dans cette localité sont devenus totalement impraticables. Située non loin de Cavaillon, Laurent est une zone très vulnérable, compte tenu de ses nombreux mornes et rivières. Sa production principale, le vétiver,  ainsi que les plantations de sorgho, de maïs et de haricots ont sévèrement été touchées, selon le coordonnateur du CASEC de cette localité, Jean Léon Joseph. Les dégâts ont déjà été évalués. L’inondation y a aussi fait 1 mort, détruit 131 maisons et endommagé 349 autres, rapporte,  M. Joseph, qui craint que la faim causée par cette situation ne favorise l’insécurité dans la zone. « Après le désastre, plusieurs cas de vols de bétail ont été enregistrés », informe-t-il, indiquant que la distribution de nourriture par les autorités est un palliatif et qu’il faudrait de plus grandes mesures comme la distribution de matériel, de plantules et d’engrais pour limiter les dégâts et venir en aide aux victimes.

A Mercy-Canse, 5e section communale des Cayes, ce sont les plantations de piment  qui en ont reçu le plus grand coup. « Cultiver du piment est une activité qui coûte très cher, car il y a beaucoup de dépenses liées à l’entretien de cette culture », explique la responsable du CASEC, madame Marie Bernadette Cius, regrettant que les paysans aient perdu tous leurs efforts. Elle fait remarquer que le paysan est actuellement en proie au découragement et est prêt à sauter sur la première occasion d’abandonner le secteur agricole.

Madame Cius pense que les pertes enregistrées auraient pu être moindres si les habitants des zones éloignées avaient la possibilité de construire des maisons plus solides et non dans des zones à risques. Elle banalise les réponses de certaines institutions et du gouvernement qui consistent seulement à la distribution de quelques kits de nourriture ne parvenant même pas à atteindre les personnes les plus affectées. La responsable plaide pour la décentralisation des biens et services, tout en dénonçant le fait que la majorité des distributions se font dans les villes tandis que ce sont les habitants des zones les plus éloignées qui sont généralement les plus affectés lors de ce genre de catastrophe.

Le 3e maire de l’Ile-à-vache, Forestal Serge, révèle que sa commune, qui venait de vivre 7 mois de sécheresse, a été sévèrement touchée.  « Au moins 59 maisons sont complètement détruites et ces gens vivent actuellement sous des tentes distribuées par la DPC et le FAES, indique-t-il. Les paysans ont des difficultés à retrouver des semences pour continuer à planter ».

12 951 familles sinistrées, 90% de l’agriculture détruite, hausse du choléra

En fait, toutes les sections communales du département du Sud présentent des cicatrices laissées par la tempête Sandy. Au total, 12 951 familles sont sinistrées dans tout le département, selon un rapport de la Direction de la protection civile du Sud. 10 950 maisons sont détruites, 1 336 autres sont endommagées, d’après ce même rapport qui montre que les communes de Tiburon, de Saint-Louis-du-Sud et de Camp-Perrin sont les plus affectées avec respectivement 2 622, 2 414 et 1 615 familles sinistrées.

Acteurs et autorités s’entendent sur le fait que l’agriculture est le secteur le plus affecté par le passage de la tempête dans cette région. L’agriculture est détruite à 90%, selon le maire des Cayes, indiquant que les plantations de banane sont détruites à 100%. Un programme cash transfert, révèle ce dernier, sera mis en place par le gouvernement pour permettre aux victimes de recevoir la somme de 1 000 gourdes via leur téléphone portable. Il assure que les ONG travaillent de concert avec les autorités de l’Etat pour apporter des éléments de solution, contrairement aux avis qui font croire que les organisations agissent comme bon leur semble.

Une recrudescence des cas de choléra est signalée par les responsables de différentes sections communales, notamment dans la commune de Maniche. Les difficultés de transport augmentent le risque de mortalité des victimes du choléra, qui, parfois, n’atteignent pas les CTC à temps, selon les autorités locales. Ces derniers estiment que la préoccupation du moment, c’est d’apporter des réponses durables aux problèmes d’infrastructures, d’aider le paysan à remembrer l’agriculture, d’encadrer et de sensibiliser les planteurs à la question de l’environnement et réparer les routes endommagées, en attendant de les construire définitivement.  

Des réponses provisoires aux réponses définitives

Le vice-délégué de l’arrondissement d’Aquin (Aquin, Cavaillon et Saint-Louis-du-Sud), Délinois Délia, est d’avis que les problèmes doivent être posés plus en profondeur, mais  croit que la population a encore besoin de ces  kits d’urgence. D’ailleurs assis à sa table de travail, il prépare lui-même des cartes destinées à être distribuées à la population dans le cadre du programme « Ede pèp » mis en place par le FAES.

Dans la ville des Cayes, la plupart des maisons endommagées sont déjà réparées par leurs propriétaires. Le directeur général de la mairie des Cayes affirme qu’actuellement l’institution est en phase d’évaluation des dégâts. Selon ses propos, la mairie, de concert avec le MTPTC, veut s’attaquer aux problèmes à la base, c’est-à-dire procéder à la démolition de certaines constructions  anarchiques et au déblaiement de certains canaux obstrués qui bloquent la circulation de l’eau. L’hôpital Immaculée conception des Cayes, inondé par Sandy, sera reconstruit ailleurs pour éviter qu’il ait à faire face à la même situation, selon le maire. En attendant d’en arriver là, dit-il, des travaux de réaménagement sont en train d’y être réalisés.

Le délégué départemental du Sud-Est, Serge Chéry, révèle que la construction de la route Cavaillon – Bonne-Fin demeure la priorité du gouvernement. « Mais, dit-il, pour cela, il faut un budget. Pour le moment, de manière provisoire, les autorités vont, sous peu, réparer cette route ».

Beaucoup de projets, mais peu de moyens

Curage des systèmes d’irrigation, distribution de semences, organisation de tables sectorielles pour poser les problèmes de l’agriculture, établissement de gardes forestiers, sensibilisation à travers la radio, ce sont, entre autres les mesures qui seront mises en œuvre par la Direction départementale agricole du Sud, selon M. Chéry. Cependant, tout cela devra nécessiter un gros budget dont les sources de financement ne sont pas encore bien identifiées. C’est une perte totale de 700 millions de dollars qui a été enregistrée sur l’ensemble des secteurs dans tout le pays à cause du passage de la tempête Sandy, selon le porte-parole de la présidence Lucien Jura. Le Premier ministre Laurent Lamothe a, quant à lui, indiqué que 12 milliards de dollars sont nécessaires pour aider Haïti à se relever. Le gouvernement avait, au lendemain de la tempête, décrété l’état d’urgence et appelé à l’aide internationale.

 

Des artistes unis pour mettre fin à la violence faite aux femmes

A l’initiative d’Onu-femmes, une pléiade d’artistes d’Haïti et d’autres pays francophones de la Caraïbe ont participé, les 28 et 29 septembre 2012, à un atelier-retraite à Juvénat sur la problématique de la violence faite aux femmes. L’atelier a été couronné par un brunch qui s’est déroulé dimanche, à l’hôtel Karibe, pour faciliter les échanges entre ces artistes et le public.
 
10h30,  il fait un temps calme et peu ensoleillé ce dimanche 30 septembre 2012. Les artistes arrivent peu à peu sur la cour de l’hôtel Karibe. Une ambiance très conviviale commence à se créer près de la piscine où la table garnie est servie depuis bien longtemps. Les salutations pleuvent. Les blagues aussi. Tout le monde se détend. K- libr’ de Mystik 703, BIC, Jean Jean Roosevelt, Manzè et Lòlò se sont installés autour de la première table. Jean Jean Roosevelt mange en fredonnant. Princesse Eud, vêtue tout de noir, avec ses larges boucles d’oreilles, se perd de temps en temps dans son monde à part qu’elle tient juste entre ses mains : son BlackBerry. BIC,  l’artiste le plus détendu de la rencontre, n’est pas habillé de manière détendue, contrairement aux autres artistes.  Pourtant, sa tenue de ville, chemisier vert aux manches longues, cravate noire et pantalon noir, ne l’empêche pas de déployer toute son énergie pour garder le public en haleine avec ses plaisanteries. Sheila Laplanche, responsable de communication à Onu-femmes, s’assure que chacun se sente dans le bain. Les marraines de l’événement, Emmeline Michel et la Martiniquaise Jocelyne Béroard du groupe Kassav, s’assoient en tête à tête. Ils sont nombreux à unir leur voix pour réclamer la soupe au giraumon qui tarde à arriver.

Tout y est. 15 artistes au total: Wanito qui a mangé sa soupe en premier; James germain qui est arrivé en dernier; Stanley Georges; Nicky Christ; les chanteuses martiniquaises Suzy Trébeau et Evelyne Renée Corail; la designer Maguy Durcé qui s’est chargée des habillements; les membres d’Onu-femmes; les représentants du ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes, soucieux de l’élimination des violences faites aux femmes; les représentants de l’organisation Tamise, qui a tout coordonné; des journalistes, etc. Onu-femmes a voulu rassembler les artistes de diverses générations et de divers genres musicaux, tout en respectant l’équité de genre. Elle a réussi. C’est, en tout cas, ce que croient Manzè et Lòlò qui en profitent pour vanter le dynamisme de Danielle Magloire qui a su excellemment animer l’atelier.

Durant deux jours entiers, ces artistes ont réfléchi sur la problématique de la violence faite aux femmes. Ils ont échangé à propos de l’influence des arts et de la culture sur les valeurs véhiculées dans les sociétés. Ils ont analysé notamment le poids des stéréotypes – charriés par certaines valeurs – sur les pratiques de violence. Ils ont même commencé à assembler les matériaux pouvant aboutir à la production d’une œuvre artistique sur cette problématique. Ils ont formé une vraie famille. Après cette expérience enrichissante,  ils n’ont pas hâte de repartir.

C’est le début d’une nouvelle aventure pour ces artistes qui se sont engagés dans la lutte contre la violence faite aux femmes. L’activité s’inscrit dans le cadre de la campagne « Tous unis pour mettre fin à la violence contre les femmes », lancée par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. L’atelier est la première activité prévue dans le cadre du lancement de cette campagne en Haiti.

Initiée en 2008, la campagne « Tous unis pour mettre fin à la violence contre les femmes » vise à prévenir et à éliminer la violence à l’égard des femmes et des filles dans toutes les parties du monde d’ici 2015, date butoir qui coïncide avec celle de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Elle a été lancée dans la Caraïbe en octobre 2010 avec l’objectif principal de créer un environnement qui permette aux  femmes et aux filles de jouir d’une vie exempte de violence. L’accent dans la région est mis sur l’accès à la justice, la mobilisation sociale et la coordination des actions.

 

Le Sud-Est toujours en état d’urgence, plus d’un mois après Isaac

Un mois après le passage de la tempête tropicale Isaac dans le pays, le Sud-Est, département le plus affecté par cette intempérie, se retrouve dans une situation très précaire. L’état d’urgence qui y a été décrété dans le secteur agricole, sévèrement touché, semble toujours maintenu. Aucune action du gouvernement ni des organisations, pour répondre aux besoins de la population.
 
Mélia Dubreuse a du mal à croire qu’un mois déjà s’est écoulé depuis le passage de la tempête tropicale Isaac, quand elle sort de sa cuisine ce jeudi 27 septembre 2012, pour accueillir ses invités dans sa modeste maison, à  Cap Rouge. Sa cour et ses plantations dévastées par ce violent cyclone donnent l’impression que cela s’est passé hier. Il est 1h 30 p.m., une petite averse de quelques minutes vient de s’abattre sur la localité. Dans son corsage jaune et sa jupe rouge, la tête couverte d’un mouchoir puis d’un chapeau de paille, Mme Dubreuse, dans la cinquantaine, se montre très inquiète pour sa  communauté qui traverse un moment terriblement difficile, à quatre jours de la rentrée scolaire.

 « On serait à l’époque de la récolte du café et de plusieurs autres denrées, si Isaac n’avait pas tout ruiné », confie cette responsable d’organisation de femmes qui n’a plus les moyens d’aider les voisines qui viendront certainement frapper à sa porte. Assis à côté d’elle, en maillot orange et bleu et pantalon noir, teint foncé, crâne rasé, Jules Elère, professeur d’école, regrette que la majorité des parents de la zone ne pourront pas envoyer leurs enfants à l’école cette année, si aucune mesure n’est prise par les autorités pour accompagner ces derniers.

Dans leur entourage, 84 maisons ont été endommagées et 3 autres complètement détruites. Les troncs d’arbres déracinés par la tempête longent encore le bord de la route qui mène à cette section communale de Jacmel, située à une vingtaine de kilomètres du centre-ville. Les habitants de  ce quartier craignent que la période de famine qu’ils sont entrain de vivre actuellement, ne deviennent  insupportable. Les produits de première nécessité déjà en hausse des prix sur le marché deviennent inaccessibles à ces habitants qui n’ont plus d’activité économique. Très peu de paysans ont eu assez de semences en réserve pour refaire leurs jardins, de façon à espérer une prochaine récolte dans trois mois, au moins. Pour ne pas rester les bras croisés, enfants et adultes s’adonnent à la fabrication de charbon de bois à longueur de journée.

Située à près de 800 mètres d’altitude, Cap rouge n’est pas la seule localité dans le Sud-Est à présenter l’aspect d’une zone en état d’urgence. Tout le département, de par sa situation géographique, est très exposé au passage des intempéries. Isaac y a fait 6 morts, 1 disparu et 15 blessés, selon un rapport du Centre d’opération d’urgence départemental, qui fait aussi état de 15 375 familles sinistrées, 1 221 maisons inondées, 2 681 maisons détruites et 11 473 maisons endommagées.

Dans les dix communes du département du Sud-Est, le secteur agricole est, sans aucun doute, le plus affecté par le passage de la tempête. Les cultures les plus touchées sont les plantations de banane plantain, de café, d’arbres fruitiers (avocatiers, arbres véritables, etc.) et celles de saisons (haricot, pois Congo, cultures maraichères, tubercules, etc.), selon une évaluation de la Table sectorielle de concertation du secteur agricole du Sud-Est (TSCSASE). Une perte agricole totale de 4 506 hectares de plantations a été enregistrée, d’après une étude de la Coordination régionale des organisations du Sud-Est (CROSE), selon laquelle les communes les plus touchées sont Marigot, Jacmel, Belle Anse, Cayes Jacmel et Côtes-de-fer. En ce qui à trait à l’élevage et à la pêche, les pertes sont tout aussi considérables : 62 297 têtes de bétail (caprins, bovins, ovins, porcins, équins et volailles) ont été emportés dans l’ensemble du département, notamment dans a partie est (Belle-Anse, Thiotte et Anse-à-Pitres). Dans les huit communes côtières du département, d’énormes pertes en matériel de pêche (nasses, filets, tremails, corallins, yacht, et moteurs) ont été enregistrés.

Un état des lieux réalisé par la Confédération des usagers pour le développement du Sud-Est a mis en évidence les dégâts importants causés par la tempête tropicale sur le réseau des systèmes irrigués du département. Les conséquences de ces dommages peuvent aller jusqu’à rendre ce réseau entièrement dysfonctionnel, selon un rapport de la CROSE qui révèle aussi que des parties du réseau  remplies de sédiments peuvent entraîner l’arrêt de l’alimentation en eau de blocs d’irrigation entiers, ce qui demande beaucoup de travail pour les rendre à nouveau  fonctionnels. Enfin, 282,6 kilomètres de route sont dégradés par le cyclone.

« La tempête Isaac continue encore dans le Sud-Est. Il n’y a pas d’appui réel du gouvernement à l’approche de la rentrée scolaire. Les dispositions prévues par ce dernier n’ont pas vraiment atterri », se désole l’ASEC de Bas Cap Rouge, Ebel Pierre Paul, qui est aussi coordonateur de la Confédération des usagers pour le développement du Sud-Est. Pour lui, le recul d’un mois de la rentrée scolaire n’a servi à rien. 

Seulement 10 millions de gourdes ont été allouées au département pour compenser les dégâts causés par Isaac dans tous les secteurs. « 70% de ce montant a servi à la réhabilitation des routes », souligne M. Pierre Paul, qui estime que les investissements dans le secteur agricole, comme dans des programmes d’irrigation et de conservation de sol, sont beaucoup plus urgents.

Ce dernier fait aussi remarquer que, faute de moyens, les travaux déjà réalisés par la Direction départementale agricole (DDA) au niveau des systèmes d’irrigation sont insignifiants par rapport au degré d’affectation de ces derniers. Les organisations locales et internationales ont effectué plusieurs enquêtes et études, mais aucune action concrète n’a été posée jusqu’ici, selon l’ASEC de Bas Cap Rouge.

 

Une réalité à deux visages au marché binational

Le marché binational constitue la principale activité économique de la commune de Belladère, dans le département du Centre. Pourtant, la partie haïtienne de la frontière haitiano-dominicaine est très mal entretenue et les commerçants haïtiens se plaignent de leur vulnérabilité par rapport aux Dominicains.
Alors que la République dominicaine modernise les structures de son marché, à Belladère, les commerçants haïtiens font face à de sérieux problèmes d’infrastructures qui les désavantagent par rapport à leurs voisins. Il suffit de franchir la frontière du côté de Carizar (localité frontalière de Belladère) pour s’en rendre compte.

Il est clair que les Dominicains dominent toujours le marché binational dans toutes les zones frontalières. Leurs produits (naturels ou transformés) arrivent en affluence sur le marché haïtien, tandis que les Haïtiens en ont très peu à offrir. Outre cette inégalité, les commerçants de Belladère doivent affronter le mauvais état des routes ainsi que les mauvaises conditions d’hygiène auxquelles ils sont exposés dans le cadre de leurs activités commerciales.

Tous les lundis et vendredis, des commerçants haïtiens de partout viennent faire leurs achats à Elias Piña (ville dominicaine, voisine de Belladère). « Je viens des Cayes, je fais ce commerce depuis presque dix ans ; je souhaiterais que les conditions de transport soient meilleures ; mais jusqu’à présent, elles sont comme elles sont », se contente d’affirmer M. Etienne Jean-Baptiste au moment de monter à bord d’un camion, déjà en surcharge,  avec ses marchandises : caisses de vin, de rhum, extraits de malt, assiettes en carton, etc.

L’assainissement est tout aussi déplorable  au niveau de Belladère qui présente l’aspect d’une zone attractive en termes d’activités socio-économiques, mais qui ne bénéficie d’aucun programme d’assainissement approprié ni de travaux de curage. L’insalubrité qui y règne est susceptible d’affecter l’économie locale, selon plus d’un. « Les eaux usées ne sont pas évacuées ; elles forment des flaques et deviennent très dangereuses pour la santé de tous ceux qui fréquentent la frontière », fait remarquer une commerçante qui s’inquiète aussi de la dégradation de l’environnement que peut provoquer cette situation.

A cela s’ajoute le très mauvais état des routes. Celle qui va de Lascahobas à Belladère n’est pas asphaltée et devient impraticable à chaque période de pluie. Une situation qui cause des accidents de motocyclettes et de camions, selon des riverains. Pourtant, à en croire les usagers, beaucoup d’argent circule à la frontière de Belladère placée sous le contrôle des services d’un complexe administratif installé à proximité du marché, à Carizar. Construit en 2008 avec un financement de la coopération canadienne, ce complexe est doté d’un bureau de l’Immigration, d’un commissariat, d’un bureau de douane, mais  seule la douane fonctionne actuellement.

Des habitants de la zone rapportent que des trafics illicites se font à la frontière, conséquence de la présence insignifiante de policiers haïtiens .

Par contre, de l’autre coté, des militaires dominicains assurent la sécurité. Un service de l’Immigration est également sur place pour contrôler les entrées et sorties sur le territoire dominicain.

Saint Louis du Nord rêve de devenir une commune pilote et attrayante

La commune de Saint Louis du Nord, située dans le département du Nord-Ouest, va se doter d’un plan communal de développement, qui sera présenté par la mairie ce samedi 18 août 2012 à 3 heures pm à l’hôtel Le Récif. Cet évènement précède la fête patronale de la commune, laquelle fête sera célébrée le 25 août en cours.

Le plan communal de développement de Saint Louis du  Nord est un guide qui permettra de projeter une image  future de la commune. Elaboré à l’initiative du cartel sortant de la mairie de cette commune et de l’ONG Initiative développement (ID), ledit plan présente les aspirations et les priorités de développement de la communauté, incluant les services de santé, l’éducation, la formation professionnelle, l’agriculture et  l’environnement. C’est le fruit de multiples rencontres entre des représentants de tous les secteurs de la municipalité et de toutes les sections communales,  selon le maire de la commune, qui estime que c’est un grand pas vers le développement.

« Dans 25 ans, nous aimerions que Saint Louis du Nord soit une commune pilote et attrayante », a déclaré le premier citoyen de la ville,  Jean-Ronald Pierre, lors d’une interview accordée au Nouvelliste, la semaine écoulée.   

La priorité est donnée à la construction de routes. Ce qui doit permettre aux cultivateurs d’écouler plus facilement les produits agricoles de la région. « Des structures seront mises en place au niveau de la ville, pour  acheter ces produits et les exporter », a confié le maire de la commune. « Le plan englobe également plusieurs projets visant au renforcement de l’éducation», a fait savoir M. Pierre, soucieux de la qualité du pain de l’instruction que reçoivent les enfants de sa communauté.

Le plan tend à prioriser également tout effort visant à encourager les investissements du secteur privé tout en tenant compte des contraintes et potentialités de la commune. Des mesures pour mettre en valeur les différents sites touristiques de la région, afin de faciliter le tourisme,  sont envisagées.

Les autorités locales s’attendent au support financier des institutions partenaires, dont le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES) et l’Union européenne, pour la concrétisation du plan. Elles appellent aussi le gouvernement à prendre en compte ce projet qui a été réalisé suivant les normes légales.

Saint Louis du Nord est une commune située à 13 km de Port-de-Paix, dans le Nord-Ouest, Département  où les infrastructures routière sont les moins considérables. Fondée en 1606, elle contient 6 sections communales qui se regroupent sur une superficie totale de 125,6 km2, soit 1/16 de la superficie totale du département, entre plaines et  montagnes, arrosées par ses diverses rivières, dont la rivières des Barres, lieu très visité par les touristes. On dit que c’est la troisième ville la plus dense du pays avec sa population estimée à près de 115 000 habitants en 2012, soit une densité de 846 habitants par kilomètre carré.

C’est une ville côtière de par sa position géographique, mais cela ne fait pas d’elle une région riche en fruits de mer. Bien au contraire, elle en a très peu. Sa production principale, ce sont les denrées alimentaires.

Son point fort est sa bonne couverture végétale. C’est en tout cas ce que croit le maire de la commune, bien qu’il ait affirmé avoir assisté récemment à un sérieux mouvement de déboisement, qui l’inquiète.  Des sites touristiques clés dont le morne « Haut-Piton » et le « morne Vent », attirent beaucoup de visiteurs.  Des experts étrangers ont affirmé que le Morne Vent »  est une station éolienne capable de fournir jusqu’à six gigawatts de courant. De quoi alimenter tout le département en électricité !

La route qui mène à Saint Louis du  Nord est actuellement dans un état de délabrement. L’aéroport de Port-de-Paix, par où doivent forcément passer tous les visiteurs qui font choix de la voie aérienne pour se rendre à Saint-Louis du Nord, n’est pas mieux loti. Il n’existe aucun plan gouvernemental visant à les construire bientôt. Les travaux de réhabilitation qu’on y réalise par occasion ne sont que des bouche-trous.

Les visiteurs et les Nord-Louisiens peuvent jouir du spectacle qu’offre la mer, tous les jours, en séjournant dans l’un des plus grands hôtels de la commune : « Montagne Breeze »,  ou  « Toi et moi hôtel »,  ou tout simplement, en allant au bord de la mer qui est en parallèle avec la route principale de la ville, rue Sténio Vincent. Ces hôtels offrent une vue splendide du centre-ville, où se situe la majorité des institutions publiques. Parmi elles, la mairie, le tribunal de paix, dont le bâtiment est fraîchement réhabilité, les trois dispensaires à lits dont dispose la commune, le bureau de l’état civil et le commissariat de police qui dispose de deux salles de garde à vue et de six policiers peu équipés.

La commune compte plusieurs écoles publiques qui sont, la plupart, logées dans des bâtiments privés.  Il n’y a ni université ni école supérieure, ce qui conduit généralement à la migration des jeunes vers d’autres villes ou vers la capitale haïtienne, en quête de formation supérieure. Toutefois la bibliothèque Yanick Lahens, qui a célébré son deuxième anniversaire récemment, offre un accès gratuit à la lecture. C’est également un lieu d’échanges intellectuels qui reçoit entre 2 000 et 3 000 visiteurs par mois.

Au cœur de la ville, à côté de la place publique, s’érige la paroisse Saint Louis Roi de France, dont la fête sera célébrée le 25 août. Habituellement, au cours de cette période, Saint-Louis du Nord est très fréquentée, notamment par la diaspora haïtienne. C’est la patronale la plus grandiose du département!