Beau spectacle de Martelly au Cap-Haïtien

Après les Cayes, Port-de-Paix et Port-au-Prince, c’est la ville du Cap qui a accueilli, jeudi soir, le chef de l’Etat, Michel Joseph Martelly, dans le cadre de sa grande tournée de solidarité à l’occasion des fêtes de Noël et de fin d’année. Comme dans les villes précédentes, des motocyclettes et des cadeaux divers ont été distribués, ainsi que les clés d’une voiture. Le grand gagnant du Pick-Up, Sandro André, est un handicapé qui préside un groupe de rara.

Le président a dansé sur le podium de la place d’Armes du Cap, képi noir sur son crâne rasé, chemisier blanc à rayures bleues,  jean neuf, faisant apparaître  bien plus son côté d’ « artiste » que celui de « président ». Michel Martelly avait l’air bien dans sa peau. Léger comme une plume dans ses mouvements.

Il est 6 heures de l’après-midi et la foule, immense sur la place publique, comme celle du Champ de Mars, à Port-au-Prince, la veille, se délecte d’attendre le spectacle. Une image qui fait ressurgir, dans de nombreuses têtes, celle du carnaval au Champ de Mars. Comme dans beaucoup de carnavals passés, l’artiste-vedette est bien  Michel Martelly. Des fans brandissaient leurs pancartes avec des slogans comme « Martelly tèt kale » ou « Martelly papa bon coeur ».

L’astuce pour avoir sa part dans les divers cadeaux est d’avoir été là, le plus tôt possible afin de gagner le devant de la scène. Des participants rapportent qu’ils sont là depuis six heures du matin ou même plus tôt. Ceux qui réussissent à gagner le podium sont considérés comme des « héros », parce qu’ils doivent braver plusieurs dangers comme des coups de bâton des agents de l’UDMO. Ceux qui ont eu la chance d’être nés un 22 décembre, sont invités à apporter une pièce d’identité justifiant ce fait, pour recevoir des cadeaux.

Désigné l’un après l’autre par le président lui-même, les bénéficiaires sont invités à danser et chanter à leur façon pour le président. Ils sont également conviés à expliquer pourquoi ils méritent la moto. Femme comme homme, chacun se défend à sa façon. Personne ne se retient pour faire l’éloge du président et de ses bonnes actions.  Certains avaient soutenu le président lors de l’élection présidentielle, d’autres ont fait des kilomètres à pied pour se rendre à l’école ou au travail, d’autres encore ont éduqué seuls de nombreux enfants. Telles sont les raisons, entre autres, pour lesquelles ils méritent les motos. Sans oublier celle qui a perdu son mari lors de l’élection présidentielle. S’ils ont été assez convaincants, la seule réaction du président était : « Moun okap gen pawòl mesye, bal on moto pou mwen ».

C’est ainsi que beaucoup de gens sont sortis « heureux » de la place d’armes du Cap-Haïtien. Ceux qui n’ont pas eu la chance de recevoir des motos, ont reçu d’autres cadeaux ou des enveloppes contenant de l’argent. Des milliers de sacs d’engrais sont déjà disponibles dans la région et seront bientôt distribués aux cultivateurs, dit le président.

C’était un beau spectacle marqué par les rires pour les belles prestations des bénéficiaires qui devenaient tous « artistes », et les pleurs de ceux qui se sont fait bousculer par les autres, par les agents de l’UDMO et notamment de celle qui a perdu son enfant de cinq ans dans la foule.

Le chef de l’État, accompagné du sénateur Edwin Zenny du Sud-Est et de membres de son cabinet, a été accueilli, entre autres, par le délégué départemental, Yvon Alteon, dès sa descente d’hélicoptère au parc St-Victor où il s’est adressé aux journalistes en leur faisant part du sens de son initiative.

Le président Martelly croit que la solidarité est une question de partage, indique un communiqué du bureau de la présidence. Il croit fermement aussi que le plus important est la création d’emplois et le développement durable. Aussi promet- il encore une fois de travailler à cette fin.

Selon le communiqué, le président s’est entretenu à l’école St-Joseph avec les frères Charles Coutard et Yves Allain sur le programme de scolarisation. Sur la cour de cet établissement scolaire, le chef de l’État a procédé à une distribution de cadeaux à des centaines d’enfants.

« Avant cette ambiance conviviale historique sur la place publique du Cap, poursuit le communiqué, une séance de travail a eu lieu à l’hôtel Roi Christophe avec des responsables de la région, des représentants d’associations, du secteur privé ainsi que des autorités religieuses dont Mgr Louis Kébreau, à qui le président de la République a adressé ses remerciements pour son dévouement et son sens de leadership. Au cours de cette rencontre, le président de la République a demandé des comptes quant à l’exécution des projets d’infrastructure et d’assainissement dans les différentes communes du département du Nord. Il en a profité pour évaluer l’état d’avancement des travaux d’extension de la piste de l’aéroport international du Cap-Haïtien. Ces travaux seront achevés en 2013 ».

« Les participants ont eu le privilège de présenter leurs revendications au chef de l’État qui, à son tour, a exhorté les autorités concernées à travailler en synergie afin de fournir des résultats concrets en faveur de la population locale », conclut le communiqué. 

Ouanaminthe veut profiter des opportunités pour son développement durable

La ville de Ouanaminthe a connu, ce mercredi, quelques instants de forte tension due à l’arrivée des différentes délégations qui devaient participer à l’atelier de mise en oeuvre du plan communal de développement de cette commune. C’était aussi l’occasion pour les bailleurs de fonds d’étaler leurs projets pour ladite commune et les membres de la société civile de faire des recommandations aux principaux bailleurs.

Plusieurs personnalités d’horizons différents, notamment des leaders locaux de la société civile et du secteur privé, des représentants du gouvernement haïtien, des responsables de la Banque interaméricaine de développement (BID), de l’Union européenne (UE), du gouvernement américain et d’autres partenaires importants impliqués dans le développement de la région du Nord, ont brillé par leur présence au local du restaurant Plézirs gourmands, à Ouanaminthe, pour assister à la présentation du plan de développement de cette commune. Un  plan élaboré par le ministère de la Planification et de la Coopération externe, avec le support  du PNUD et finalisé par des professionnels de la commune mobilisés par le maire.

Sous le regard de l’assistance, le maire de Ouanaminthe, M. Rony Pierre, a procédé, dans son allocution, à la présentation du plan communal de développement de la commune de Ouanaminthe (2011-2016). Ce plan présente les aspirations et les priorités de développement de la communauté, y compris les services de santé, l’éducation, la formation professionnelle, la gestion de l’agriculture et de l’environnement. Le plan tend à prioriser également tout effort visant à encourager les investissements du secteur privé, tout  en tenant compte  contraintes et  potentialités de la commune.

« Un plan fait pour être connu, valorisé et exécuté », a dit le maire de Ouanaminthe, ajoutant que sa commune a les propres moyens de son développement. « Cette  commune moderne et modèle a besoin de l’appui de tous les investisseurs et d’un plan d’aménagement du territoire », a-t-il cependant laissé comprendre.

Le conseiller à la municipalité de Ouanaminthe, Nesmy Manigat, l’un des piliers de cette démarche, qui devait également intervenir lors de la présentation du plan communal de développement de la commune de Ouanaminthe, a fait remarquer que ce plan envisage de créer 25 000 nouveaux emplois d’ici 2016 dans trois secteurs clés : l’agriculture, les zones franches industrielles et les services publics et commerciaux. « La valeur ajoutée de ce nouveau plan vient essentiellement de la mobilisation des citoyens de cette commune, qu’ils soient en Haïti ou dans la diaspora, pour sa mise en oeuvre effective », a-t-il indiqué.

M. Manigat, qui se félicite de l’implication de tous les citoyens dans le plan de développement, a affirmé que : « Nous, population de Ouanaminthe, croyons avoir un avenir prometteur et disposons de plus en plus de ressources humaines, d’ici et d’ailleurs, désireuses d’investir leur temps dans le développement de la commune ».

50 jeunes de moins de 50 ans, a-t-il précisé, sont notamment désireux d’investir dans la région. « Il nous faut de plus en plus d’investisseurs. Nous pouvons et nous allons faire mieux avec l’appui de tous », a-t-il ajouté.

La représentante du Premier ministre, Mme Rose-May Guignard, membre du Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT), a adressé ses félicitations aux citoyens de Ouanaminthe qui ont su, selon elle, identifier les vraies priorités de la région.

Mme Guignard a dévoilé son plan de développement dans les départements du Nord et du Nord-Est et ses perspectives d’amélioration des conditions de vie. Les futurs investissements vont modifier radicalement le territoire (Nord), a estimé celle qui veut que la science soit au service du développement économique suivant un plan inclusif et participatif. Elle a également mis l’accent sur les potentialités agricoles, touristiques et commerciales de la zone et souhaite que les moyens nécessaires pour passer de l’assistanat à l’autonomie soient accordés aux collectivités.

Lors de la présentation du thème: « au-delà de l’emploi », qui est la contribution de CODEVI au développement de Ouanaminthe, Fernando Capellan a fait un rappel du flux monétaire drainé par ce parc industriel, géré par la manufacture Grupo M (groupe M), en raison de son puissant investissement dans la région. « Ce sont les clients de base qui ont permis à CODEVI de progresser », a souligné M. Capellan. Il parle de 6 500  emplois directs dont 53% de femmes bénéficiaires, créés par son industrie. « Le groupe M  a la volonté d’augmenter à 15 000 les emplois directs d’ici 2015 », a-t-il promis, dévoilant son programme de reforestation et d’appui aux petites entreprises.

La conseillère et chef de cabinet de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, Cheryl D. Mills, et l’ambassadeur Kenneth Merten ont pris la parole au nom des Etats-Unis pour souligner l’engagement continu du gouvernement américain dans le développement de la région du Nord et l’importance de travailler en partenariat avec les bailleurs locaux.

Pour sa part, le représentant de la Banque interaméricaine de développement (BID), Felipe Gomez-Acebo, a décrit les investissements entrepris par la BID au niveau de la région, en mettant l’emphase sur l’éducation, l’environnement, ajoutés aux efforts d’amélioration dans la distribution de l’eau et du système d’assainissement, et en promouvant également le développement du secteur privé.

Le représentant de l’Union européenne, Benoist Bazin, a, quant à lui, mis l’accent sur l’engagement de l’institution qu’il représente dans des projets d’infrastructure qui vont améliorer l’intégration entre les villes de la région et les systèmes de transport avec la capitale haïtienne et le centre du pays.

Cet atelier a aussi été un moment d’échanges et de débats entre les différents participants. Les représentants du  gouvernement, de la société civile et les élus locaux présents, ont, les uns après les autres, exprimé leurs recommandations vis-à-vis du plan. Point par point, ils ont indiqué ce qui, selon eux, mérite d’être approfondi.

En clôture de l’atelier, le maire de la commune de Ouanaminthe, Rony Pierre, a annoncé la mise sur pied d’un comité de suivi  ayant comme coordonnateur Nesmy Manigat, chargé de la mise en oeuvre des projets prioritaires de ce plan quinquennal de développement.

Roseaux inaugure son premier centre de transformation de produits agricoles

Un centre de transformation de produits agricoles a été mis sur pied dans la commune des Roseaux, à Jérémie. Cette réalisation est le fruit d’un partenariat entre les organisations agricoles de la Grand’Anse, notamment Konbit peyizan Wozo (KPWO), Konbit peyizan Grandans (KPGA) et Konbit fanm peyizan Wozo (KFPW), et l’Actionaid Haïti.

Plusieurs centaines de paysans ont assisté le mercredi 23 novembre 2011 à la cérémonie inaugurale du centre de transformation de produits agricoles, à Jérémie. Le bâtiment, récemment construit dans la localité de Roseaux, dispose de  3 unités de travail : l’unité de transformation, qui est un espace doté de moulins, de décortiqueurs et d’autres appareils  du genre qui permettront de transformer les produits (pistaches, café grillé, maïs, etc.), la cassaverie, qui est un atelier de transformation de manioc en cassave, et la boutique où des outils de transformation sont accessibles à la population, à un prix réduit. Les responsables ont en perspective de produire  dans le Centre, du pain à base d’autres farines que celle du blé. Une démarche qui, selon eux, aidera à réduire l’importation de la farine de blé.

Selon les initiateurs, l’objectif de cette initiative est non seulement d’offrir à la communauté un service de transformation, mais aussi d’améliorer la connaissance technique des planteurs et renforcer KPGA (Konbit peyizan Grandans) qui est un regroupement d’organisations au niveau de la Grand’ Anse.

Lors de la présentation générale du projet, le maître de cérémonie, Mac Donald Michel, Coordonnateur sécurité alimentaire à Actionaid a attiré l’attention sur la crise alimentaire dans le monde. Il a fait ressortir l’importance de la production agricole, qui joue un rôle extrêmement important dans la lutte contre la faim dans le monde. « La nourriture est là. La terre produit suffisamment de nourriture, elle est seulement mal repartie », a-t-il soutenu. 

En 2050, a-t-il expliqué, Haïti devrait avoir une population d’environ 18 millions d’habitants, alors que celle du monde sera doublée. Il n’y aura toujours pas de problèmes de nourriture, mais de répartition, a-t-il prédit. « Nous devons donner beaucoup d’importance au secteur agricole, si nous voulons réduire les risques de faim ». « De 1956 à 1989, la couverture végétale est passée de 20% à moins que 2%. Nous devons donc travailler pour changer la réalité », a-t-il ajouté.

Selon les explications de M. Michel, la décision d’instituer dans la Grand’ Anse ce centre de transformation a été prise après plusieurs rencontres entre l’Actionaid et la population de la Grand’ Anse, par le biais de ses organisations locales. Ces rencontres  entamées depuis 2009, ont  donné lieu à des séances de sensibilisation et de planification, à la construction du centre, puis à des séances de formation pour ceux qui vont le gérer. Cette formation est axée sur la gestion et la comptabilité.

Le coordonnateur exécutif de KPGA, Nicassa Paulément, et François Jean Wesner du Konbit peyizan wozo ont adressé leurs remerciements aux différents participants à cette bataille qui vise à permettre au pays de pouvoir nourrir ses propres enfants. Pour eux, cet atelier est un symbole qui démontre aux dirigeants la nécessité de se pencher vers la production agricole. « Viv manje lakay, manje lakay se patrimwann tout ayisyen ! », a crié M. Paulément.

Pour la représentante du KFPW, Elcia Joseph, ce centre vient apporter une solution à un problème grave auquel la population était confrontée, qui est la perte de sa culture. « Aujourd’hui, avec cet atelier, tous, on peut revenir à notre activité principale qui est de planter », a-t-elle martelé.

« Avant, a-t-elle poursuivi, les denrées pourrissaient, pendant que nous mourrions de faim. Maintenant que nous pouvons les transformer, ils dureront plus longtemps et cela va apporter une amélioration à nos conditions de vie ». Mme Joseph souhaite la continuité de ce genre de projet dans sa communauté.

Le directeur national de l’Actionaid, Jean-Claude Fignolé, a exprimé sa satisfaction quant à la réalisation de ce projet. Il a remercié tous ses collaborateurs ainsi que la communauté des Roseaux qui « n’ont jamais baissé les bras face aux difficultés ». Il a également adressé ses remerciements aux partenaires étrangers : le « Boston Foundation » et le « Moriah Fund », basés aux Etats-Unis, sans lesquels ce projet ne serait possible. 

« Après le séisme du 12 janvier, a-t-il révélé, ces fondations nous ont, de manière solidaire, offert le projet des « Moulins ». Ensemble, nous avons pu apporter une réponse aux problèmes de nourriture auxquels étaient confrontés des sinistrés venant de Port-au-Prince. Ces moulins ne sont pas seulement à Roseaux, mais éparpillés dans diverses autres communes de la Grand’ Anse où environ 500 familles en bénéficient ».

Ce petit projet sert, selon le directeur, d’exemple de ce que peut réaliser une communauté unie. Il appelle la population des Roseaux à renforcer ses organisations et les doter de ressources personnelles afin de garder son autonomie. «En les renforçant, nos structures auront plus de démocratie et de transparence.  Ainsi, nous pourrons plus facilement faire passer nos revendications et presser les autorités à nous garantir le droit à la nourriture », a-t-il indiqué.

La cérémonie s’est terminée par une bénédiction du père Emmanuel, curé de la paroisse des Roseaux, suivie d’une visite guidée de l’atelier par l’agronome Ameckel Bernard. Le prêtre a fait remarquer que Dieu nous a créés pour que nous gérions sa création. « Nous devons non seulement nous multiplier nous-mêmes, mais aussi multiplier tout ce que Dieu a mis à notre disposition », a-t-il prêché.

Un protocole d’entente a été élaboré et un comité de gestion, constitué de représentants de KPGA, de KPWO et d’Actionaid, a été mis sur pied pour la gestion du centre.

L’Actionaid, qui travaille sur le droit à l’alimentation, a estimé que la transformation des produits agricoles peut être à la fois apaisante  et rentable pour les cultivateurs. « Il leur faut avoir la capacité de transformer les produits afin qu’ils ne soient plus gaspillés  », a insisté Mac Donald Michel.

L’objectif d’Actionaid est de donner aux habitants les moyens nécessaires pour effectuer cette transformation et de travailler avec eux. « Notre problème est dû à une violation de droit », a ajouté M. Michel. Actionaid n’est pas là pour faire le travail de la communauté, mais l’appuyer. Le partenariat entre l’Actionaid et KPGA, a expliqué Jean Claude Fignolé, tend à apporter des réponses urgentes à tout ce qui a rapport au développement dans le département de la Grand’Anse. 

Marche contre la violence faite aux femmes

Ce vendredi 25 novembre 2011, vers dix heures du matin, plusieurs dizaines de femmes, accompagnées de quelques hommes, se sont rassemblées au carrefour Marassa à Croix-des-Bouquets pour débuter une marche pacifique dans l’objectif de dénoncer les violences faites à des femmes au niveau de leur communauté et réclamer justice pour celles-ci. Une façon de lancer officiellement une campagne de sensibilisation à la violence faite aux filles et aux femmes, à l’occasion de la commémoration de la Journée mondiale contre la violence faite aux femmes.

Cette marche, organisée par l’Association Fanm solèy Dayiti (AFASDA), a été soutenue par l’organisation Plan Haïti.  La foule s’est d’abord dirigée vers la mairie de la Croix-des-Bouquets, puis vers le tribunal de paix de cette commune et enfin vers le parquet, en vue de presser les instances concernées à prendre leurs responsabilités vis-à-vis des violences faites aux femmes.  Les messages étaient contenus dans  des chants, des spots de sensibilisation à partir d’un char qui les accompagnait, les participants à travers des slogans lancés par les femmes elles-mêmes.

Arborant un ruban blanc, ou un écriteau avec des inscriptions diverses demandant de cesser les violences faites aux femmes, les participants se sont dirigés vers les différentes instances où ils ont plaidé en faveur  des femmes victimes dans leur communauté, tout en insistant sur certains cas particuliers survenus récemment.

La mémoire d’Angeline Vilmot était dans le coeur de tous ceux et celles qui prenaient part à cette manifestation. Cette jeune fille de 13 ans a été violée par un homme de 60  ans, puis tuée par une piqûre que son violeur lui a fait prendre pour avorter. Le père d’Angeline Vilmot, Arc-Ange Vilmot, n’a pas pu retenir ses larmes en racontant cette histoire survenue il y a trois mois. Plusieurs autres cas du même genre ont été évoqués. « La vie commencera, lorsque la violence cessera! », ont crié les femmes».

La foule, qui grossissait progressivement jusqu’à réunir plusieurs centaines de gens, (hommes, femmes, jeunes, écoliers, citoyens et citoyennes de toutes sortes), a fait le tour des rues de  Croix-des-Bouquets pour finalement aboutir sur la place  centrale de la ville où un spectacle a été réalisé par des associations de femmes.

Parallèlement, plusieurs autres marches du même genre ont été réalisées au Champ de Mars, à Carrefour, etc., ainsi que des cérémonies et des conférences à l’occasion de la Journée mondiale contre la violence faite aux femmes. 

Wyclef devenu Père Noël pour la fin d’année

L’ambassadeur itinérant d’Haïti, Wyclef Jean, a procédé durant la semaine précédant la Noël à une distribution de jouets et de kits de nourriture dans plusieurs villes du pays, dans l’objectif de permettre à un certain nombre de familles nécessiteuses de passer les fêtes de fin d’année dans une atmosphère de joie et de gaieté.

En effet, la mégastar a entamé sa distribution dès le mardi 20 décembre 2011, dans l’après-midi, à l’école nationale Charlotin Marcadieu, près de la mairie de Croix-des-Bouquets. Après avoir lancé le projet Kiosque avec la compagnie Voilà, dans la matinée du mercredi 21 décembre, il s’est rendu dans la ville des Cayes, à la 1re Eglise de Dieu, rue Deux Mapous pour continuer la distribution. Le jeudi 22 décembre, ce sont les villes des Gonaïves et du Cap-Haïtien qui ont été gratifiées de la visite du Père Noël, Wyclef Jean, cette fois accompagné de Miss Haïti Univers, Anédie Azaël.

Ecole de droit des Gonaïves, rue de Tour Laborde, Gonaïves. Midi. Une foule monstre de gens attende l’arrivée de la mégastar. Wyclef Jean qui, semble-t-il, adore se faire admirer en chair et en os par ses fans, descend de son véhicule, dès son arrivée près du commissariat, pour circuler à pied. Comme il l’a fait la veille à Croix-des-Bouquets, où la foule l’a mis presque nu. Puis, il a enfourché une mototaxi à destination de la faculté de droit. Tout au long de la route, des gens s’arrêtent pour admirer la star. Sur moto ou à bicyclette, des jeunes garçons et des jeune filles ont fait demi-tour pour suivre la délégation de l’ambassadeur.

Son arrivée étant prévue pour 9 h 30 du matin, la foule était déjà impatiente de voir la star. Midi et quelques minutes, il arrive enfin. Tout le monde veut toucher le Père Noël, tout le monde veut lui parler. Beaucoup réussissent d’ailleurs à le faire. Etudiants, parents et enfants fourmillent sur la cour de l’école de droit, carte en main,  en attente de cadeaux. Qu’on se calme ! Il n’y en aura pas pour tout le monde, mais la distribution se fera de manière raisonnable, avec un minimum de discipline.

Des représentants de la plupart des communes du département de l’Artibonite sont là pour renforcer l’évènement et témoigner leur gratitude envers l’artiste qui, disent-ils, n’a pas cessé de supporter la région, surtout lors de moments difficiles comme à l’époque des inondations de 2008.

La fanfare évangélique enflamme la salle avec son beau morceau. C’est elle qui, d’ailleurs, bénéficie de la première bicyclette, sur les 20 disponibles, en guise de récompense à son plus jeune membre (un enfant d’environ six ans), qui a pu lever le défi de reproduire avec sa caisse des sons proposés par l’artiste. Surprise, contentement, enthousiasme et chaleur dans la foule. Puis des questions de connaissances générales sont posées aux étudiants et aux dames qui, par leurs réponses justes, ont reçu 4 autres bicyclettes, avant le tirage pour la distribution de 15 autres encore, par l’artiste qui veut que la connaissance ait priorité sur la « chance ».

A la fin, tous les  enfants qui détenaient une carte distribuée la veille se sont alignés dans une salle pour obtenir des cadeaux. Tandis que les adultes recevaient des kits de nourriture. De son côté, l’artiste poursuit sa visite au sein de la faculté de droit qui, selon les explications du doyen, accueille 7 000 étudiant sur les 22 000 de  l’UEH. Il promet d’aider à renforcer notamment la salle  informatique et la bibliothèque de l’institution. Wyclef Jean a renouvelé son engagement de continuer à supporter l’Artibonite et tout le pays.

Puis,  avec toute sa délégation, il  s’est  rendu au Cap-Haïtien où  ses cadeaux sont allés grossir le lot de ceux du président de la République,  Michel Joseph Martelly, qui, à  l’occasion de sa tournée de Noël, est accueilli par une foule en liesse sur la place d’armes du Cap. 

Déficit de services des urgences dans les hôpitaux

La déficience de services des urgences au niveau des hôpitaux dans le pays est un facteur très préoccupant pour plus d’un. Compte tenu de la situation d’insécurité et d’accidents fréquents à laquelle les citoyens sont exposés ces derniers jours, cette préoccupation s’accentue. Que faire en cas d’urgence au beau milieu de la nuit ? La majorité des centres hospitaliers, qu’ils soient privés ou publics, n’ont pas de service des urgences dignes de ce nom.

Il est très inquiétant de ne pas savoir immédiatement où se rendre en cas d’urgence, surtout au beau milieu de la nuit, afin de bénéficier de soins adéquats. Ces derniers jours, beaucoup de gens sont victimes par balle, en se faisant attaquer par des bandits, ou sont victimes d’accidents de la route, devenus de plus en plus fréquents. Souvent l’on ne peut pas se rendre à la structure hospitalière la plus proche, de peur de ne pas y aller en vain. Lors du terrible accident survenu dimanche soir sur la route de Delmas, les victimes ont été transportées jusqu’ à Sarthe, en plaine, pour recevoir les premiers soins. L’une des filles est morte suite à une crise d’asthme, et ses proches estiment qu’elle aurait pu survivre si elle avait pu être transportée plus rapidement à l’hôpital.

L’hôpital La Paix, à Delmas 33, entreprend des démarches pour la mise sur pied d’un service des urgences. Plusieurs partenaires y travaillent, mais ce programme n’est pas encore tout à fait effectif. Le bâtiment inauguré récemment est assez spacieux, mais ne dispose pas encore suffisamment de ressources humaines, selon un responsable. En attendant, les cas en surplus à cet hôpital sont rapidement transférés à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH).

Tout le monde connaît la situation du plus grand centre hospitalier public d’Haïti, l’HUEH, qui un jour fonctionne, un jour est en grève. Là-bas, la salle des urgences se trouve très souvent dans l’impossibilité de recevoir tous les cas qui s’y présentent. Les services accusent d’ailleurs de sérieuses défaillances : personnel débordé et peu qualifié pour les situations d’urgence, matériel et logistique insuffisants.

Selon une source hospitalière, il y aurait moins de cinq médecins haïtiens à avoir reçu une formation en médecine d’urgence, cette spécialisation n’étant pas offerte en Haïti. De plus, ces services ne sont pas véritablement équipés pour fournir des soins immédiats aux patients dont l’état nécessite une prise en charge rapide.

Le coût exorbitant de la mise en place d’une salle des urgences bien équipée est la première cause avancée par les gestionnaires de la santé pour expliquer la faiblesse des services des urgences dans le pays. La salle des urgences d’un des plus grands centres hospitaliers privés de la capitale, l’hôpital du Canapé-Vert, est fermée depuis le 12 janvier 2010. Les responsables de cet hôpital affirment que la salle est en cours d’aménagement et qu’elle devrait être rouverte d’ici le 15 janvier 2012.

L’hôpital de l’Office d’assurance accidents du travail, maladie et maternité (OFATMA), situé à Cité Militaire, est l’un des rares centres hospitaliers où le service des urgences fonctionnent normalement. Sa salle d’urgence inaugurée le 3 décembre 2004 est en mesure de recevoir n’importe quel cas d’urgence, à n’importe quelle heure et n’est jusqu’à présent jamais débordée; des médecins sont disponibles 24h sur 24, selon son directeur médical, le Dr Mathelier Silvera. En dehors des services de base offerts dans cet hôpital (services de soins liés aux accidents du travail et à la maternité), n’importe quel cas d’urgence y est admis.

Si beaucoup de gens ne fréquentent pas l’OFATMA, c’est en raison de leur ignorance de la qualité des soins offerts là-bas, estime M. Silvera, qui dit avoir malgré tout constaté une fréquentation en augmentation cette saison. Cette structure hospitalière en pleine extension est située dans un quartier pas trop sûr, selon plus d’un. La route qui y mène n’est pas vraiment en bon état. « Suite au cas d’un proche du gouvernement qui y a reçu des soins dernièrement, nous avons établi une entente avec les autorités qui devront bientôt faire des améliorations au niveau de la route », a indiqué le directeur médical.

La santé n’a pas de prix, mais coûte cher pour certains

A l’hôpital Saint-Joseph, comme à l’OFATMA, les urgences fonctionnent certes 24h sur 24; mais la plupart du temps la population de la région métropolitaine ne va pas dans ces hôpitaux privés en raison des coûts exorbitants auxquels leurs poches ne répondent pas. Pourtant, on ne paie pas très cher, selon ce qu’ont expliqué les responsables. La santé n’a pas de prix. Mais pour la plupart des familles, les frais à verser, dès la prise en charge, peuvent être très élevés. Face à la déficience des soins offerts dans les services des urgences des hôpitaux publics haïtiens, cette population se tourne de plus en plus massivement vers des centres hospitaliers gérés par des organisations non gouvernementales étrangères, telles Médecins sans frontières. Même le personnel soignant des hôpitaux publics y envoie parfois des patients qu’ils ne peuvent prendre en charge.

Avec Nathalie Verne

Pour promouvoir et renforcer la production de café

« Entre nous d’abord, ann komanse fèl », c’est sur ce thème que s’est déroulée la troisième édition du « festival café », à Baptiste, les 28 et 29 octobre 2011. Cette festivité, organisée par l’Association nouvelle image d’Haïti (ANIH), vise à promouvoir et à encourager la culture du café dans ce quartier de la commune de Belladère. Elle a été cette année beaucoup plus grandiose que lors des deux années précédentes

Cette troisième édition du festival café,  qui a mobilisé plusieurs milliers de participants venant de Belladère et des zones avoisinantes, de Port-au-Prince et de la diaspora, a été plus grandiose que durant les deux précédentes, selon les participants, qui se disent satisfaits de son déroulement. Réalisée par l’ANIH, en collaboration avec l’Association des fervents samaritains (AFSAM), ENCOMAL S.A., CANAL 11, EDH, CEREM, UCACAB et ICEF, cette initiative a permis non seulement à la localité de Baptiste de vivre 48 heures de chaleur, de gaité et d’ambiance, mais aussi aux étrangers de découvrir cette localité : «un petit coin de paradis à Belladère », avec sa culture de café et sa température agréable. Le festival a coïncidé avec la fête patronale de la zone : la Saint-Jude. Octobre, c’est également l’époque du murissement du café.

L’ambiance festive a eu lieu à partir de 7 heures du soir, le vendredi 28 et le samedi 29 octobre 2011. Des groupes musicaux, de danse et de théâtre aussi bien que des particuliers se sont joints à DJ Constant pour rendre ces deux jours inoubliables.

La festivité a accueilli pas mal de gens de la diaspora qui avaient quitté Baptiste depuis belle lurette. Durant la journée, les différents participants ont eu l’occasion de visiter la communauté de Baptiste et surtout d’entrer en contact avec sa culture caféière.

Avec un accueil chaleureux, les organisateurs de cet évènement annuel ont su guider les visiteurs vers les centres d’activités durant les deux jours, notamment la Ferme d’Etat colonie agricole de Baptiste, où se déroulent les différentes activités relatives à la production de café. Cette ferme héberge le laboratoire de dégustation, un centre de traitement, une pépinière et un champ de café. Plus d’un a été surpris de découvrir qu’il existait à 19 km de Belladère une communauté aussi bien organisée.

Selon les organisateurs, ce festival pourrait favoriser l’investissement dans leur localité. Les commerçants et les planteurs se sont réjouis de cette occasion qui leur a été offerte pour écouler de nombreux stocks de produits locaux. La majorité des activités ont eu lieu aux environs de la place publique de Baptiste, l’une des plus belles  places du Plateau central, dit-on, où une exposition de produits locaux a été organisée par l’Association des femmes pour le développement de Baptiste (AFDB).

Pour les habitants du quartier, ce festival est l’occasion de se mettre en valeur et d’offrir aux visiteurs les différentes productions de leur localité. La production numéro un étant le café, on l’a trouvé sous toutes les formes. De la plantule à la tasse de café, sans oublier la liqueur de café, les visiteurs ont été émerveillés de connaître tous les processus de transformation. Etape par étape, ils ont pu visiter, déguster et  tout apprendre sur la production caféière à Baptiste.

Dans la soirée, des hommes, des femmes et des enfants ont répondu présent par milliers sur la place publique, pour participer à la grande manifestation culturelle animée par Myria Charles, rédactrice de Ticket magazine, originaire de Baptiste. Vendredi, le groupe Adonnaï a su enflammer le festival par ses prestations, tandis que samedi, c’était plutôt des groupes musicaux et des troupes de danse locaux – Kokad, Gwoup lespwa, le Club des enfants de Baptiste et Casque noire dance –  qui ont tenu le public en haleine. Sans négliger l’artiste Jean Jean Roosevelt, dont le festival a coïncidé avec l’anniversaire de naissance de son épouse, Alexis Renée Lynn Gianna. Il en a profité pour la présenter officiellement au grand public.

Les deux soirées  se sont déroulées pacifiquement, avec la présence des agents de la police nationale.  A la fin, les dix plus grands planteurs de café de Baptiste ont été médaillés et certifiés. Parallèlement, une plaque Honneur et  Mérite a été remise à Myria Charles, en signe d’hommage posthume à son père qui n’avait pas cessé d’oeuvrer jusqu’au bout pour le développement de Baptiste.

Dans son discours de circonstance, le principal initiateur du festival, Paulos Jean, a dénoncé des actes de viol qui, selon ses dires, ont été recensés récemment. « Des dispositions seront prises de concert avec  la police et la justice pour punir les coupables », a-t-il affirmé. Il a rappelé que la loi interdit aux hommes adultes d’avoir des relations sexuelles  avec une fille de moins de 15  ans, même avec son consentement, soulignant que plusieurs jeunes filles de moins de 18 ans sont déjà mères de plusieurs enfants à Baptiste. 

D’un autre côté, M. Paulos Jean a fait savoir qu’une proposition de loi a été acheminée au Parlement en vue de recommander à l’EDH de verser à Baptiste 50 centimes sur chaque kilowatt de courant fourni par la centrale  électrique de Belladère, qui dessert environ 1 570 clients potentiels et qui est alimentée par la source d’eau de Baptiste. « Cet argent, a-t-il dit, permettra de rémunérer les planteurs de café qui seront comme des fonctionnaires de l’Etat ».

A noter que L’Association nouvelle  image d’Haïti (ANIH), qui patronnait cette initiative, a été créée en France depuis juillet 2008. Elle s’est donné pour objectif de véhiculer une nouvelle image d’Haïti et d’inciter les Haïtiens à avoir un nouveau regard envers leur pays, rapporte son président, Etienne Jean.

Juste après sa création, a poursuivi M. Etienne, elle a aidé à la réhabilitation de l’électricité de la ville de Baptiste et a aussi donné des fournitures scolaires à des centaines d’élèves.

« ANIH s’est surtout fait connaître dans sa façon d’organiser et d’aider la communauté haïtienne de France après la catastrophe du 12 janvier 2010. Elle a mis en place une cellule de soutien  psychologique et a organisé une veillée à la mémoire des victimes », a-t-il ajouté. 

Pour réaliser cette activité, qui devait coûter environ 20 000 dollars américains, les organisateurs ont eu un coup de pouce de la fondation Albert basée en France et l’aide d’un Américain – ami de l’association – qui a également fourni $ 3 000. L’Etat n’a donné aucune participation, ont-ils fait remarquer. Ils espèrent que l’année prochaine beaucoup plus de secteurs et d’institutions contribuerons à la réalisation du festival café de 2012. Dans le même temps, ils espèrent mobiliser plus de participants. Quiconque a raté le festival cette année devrait l’ajouter dès maintenant dans son agenda pour l’année prochaine. 

 

Avec Nathalie et Verné Gladimy Ibraime

Visite de 48 heures de la reine d’Espagne en Haïti

Doña Sofía est arrivée en Haïti, ce vendredi 7 octobre 2011, pour une visite officielle de 48 heures. Une visite qui fait suite à celle du président de la République d’Haïti en Espagne au mois de juillet de cette année. La reine est en Haïti pour soutenir des projets de coopération qui permettront d’améliorer la situation du logement, de l’éducation et des infrastructures.

La reine Sofía a été accueillie à l’aéroport international Toussaint Louverture par le président de la République, Michel Martelly, et son épouse Sophia Martelly. Des élèves du collège Immaculé conception de Delmas 11 y étaient conduits pour  souhaiter la bienvenue à Sa Majesté, en lui offrant un bouquet de fleurs. Cette visite doit être l’occasion pour la reine de renforcer la coopération entre L’Espagne et Haïti, notamment dans le domaine de l’éducation et des travaux d’infrastructure.

Dans la soirée, la reine Sofía a assisté, à l’hôtel Karibe convention center, à un dîner offert en son honneur par le chef de l’État haïtien. Après le discours de remerciement et de bienvenue prononcé par ce dernier à son endroit, elle a affirmé que « Ayiti kapab konte sou Espay ak tout espayòl (Haïti peut compter sur l’Espagne, ainsi que les Espagnols) ».

La Reine doit, durant son bref séjour dans le pays, visiter certains projets financés par la coopération espagnole à Gressier, Léogane et Cité-Soleil. Elle prévoit de se rendre à Titanyen, pour constater l’état d’avancement de la construction d’une usine de traitement des eaux usées.

Quelques heures après, elle devrait revenir à la capitale pour effectuer une tournée dans la commune de Cité-Soleil où elle visitera les Soeurs de la Charité qui travaillent avec les personnes défavorisées de la zone. La reine visitera également le projet éducatif de l’ONG espagnole Jóvenes y Desarrollo et de la Fondation Rinaldi-Salésiens de Don Bosco. À Léogâne, la Reine Doña Sofía d’Espagne s’informera de l’état d’avancement d’un projet de 1 500 maisons, en charge de la Croix-Rouge haïtienne, en collaboration avec la Croix Rouge espagnole et l’AECI.

Avant de compléter son voyage en Haïti, la reine devrait également se rendre sur la base de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah).

Selon le Protocole, Sa Majesté doit rencontrer la communauté espagnole d’Haïti en la résidence de l’ambassadeur Manuel Hernandez Ruiz Gomez, le soir même de son arrivée dans la capitale haïtienne. Cette visite royale est la concrétisation d’une promesse faite par le roi d’Espagne, Don Juan Carlos de Borbón, au président Martelly lors de son séjour à Madrid en juillet dernier. D’abord annoncée pour le mois de septembre, la visite a été repoussée pour enfin être fixée au 7 octobre 2011.

Notons que c’est la deuxième visite de la reine d’Espagne en Haïti. Elle avait déjà effectué une première visite dans le pays en janvier 2009. 

L’assurance santé face à la réalité haïtienne

L’accès aux soins de santé en Haïti n’est pas à la portée de tout le monde, à cause de la grande disparité des revenus, pis encore, à cause du taux de chômage élevé dans le pays.  L’assurance santé ne protège qu’une faible partie de la population (moins de 10%). L’Etat ne prend en charge que ses fonctionnaires.

Dans de nombreux pays, l’assurance maladie est une composante fondamentale de la sécurité sociale; pourtant la réalité d’Haïti démontre toute autre chose.L’État n’octroie pas les ressources financières suffisantes pour répondre à la demande sans cesse croissante de la population et n’arrive jamais à faire valoir le droit à la santé de ceux qui sont les plus vulnérables.

De son côté, la majorité de la population ignore ce droit fondamental que leur garantit la Déclaration universelle des droits de l’homme. Même ceux qui bénéficient d’une assurance ne seraient pas bien imbus de ce qu’est en réalité une assurance, à en croire certains responsables de compagnies d’assurance.

D’une part, il y a le problème des assurances qui se pose et, d’autre part, il y a celui des hôpitaux, qui est encore plus grave.

Certains croient qu’avoir une assurance devrait leur permettre de se rendre à l’hôpital sans avoir de soucis financiers. Un assuré qui devait être hospitalisé d’urgence à l’hôpital du Canapé-Vert a été choqué d’entendre qu’il lui fallait verser environ 25 000 gourdes pour y être admis, alors qu’il dispose d’une assurance. « A quoi me sert une assurance alors, si je dois payer tout cet argent ? », s’est-il demandé. « Cette somme constitue un dépôt exigible, explique une employée de l’administration de l’hôpital, dans lequel on facturera ce que l’assurance ne couvre pas, pour les frais de chambre, d’analyses, de médicaments et d’autres services qui n’entrent pas dans le cadre de l’assurance ».

Selon cette employée, le dépôt varie entre 11 000 et 25 000 gourdes par rapport à la chambre choisie (la moins chère est de 1900 gourdes par jour) et par rapport à la cause de l’hospitalisation (il peut s’agir d’une opération chirurgicale ou pas). Une remise sera effectuée après que la maison d’assurance aura payé.

Finalement, avoir une assurance ne permet peut-être pas de faire face aux urgences et aux pannes financières, comme le croit plus d’un. En fait, chaque hôpital a ses démarches particulières vis-à-vis des assurances. A l’Hôpital français, la somme exigée à l’entrée est beaucoup moindre, entre 2 500 gourdes et deux fois plus, selon le cas. Mais dans les deux cas, pour être admis à l’hôpital, une lettre de l’assureur est indispensable. L’hôpital Saint-Joseph, par contre, emploie une autre stratégie: la facture peut être réglée après.

Chaque assurance propose des remboursements différents sur les frais de santé qui varient selon le type de contrat et selon le ou les bénéficiaires. Mais, de toute façon, pour avoir une assurance, il faut déjà avoir de l’argent; d’ailleurs aucune compagnie d’assurance ne couvre les chômeurs. En fonction du contrat auquel on a souscrit, l’assurance santé peut tout rembourser ou seulement une partie des frais. Cela dépend du montant de la cotisation de l’assuré: plus sa prime d’assurance est élevée, mieux il sera remboursé. Parfois, certains médicaments ou prestations ne sont pas pris en charge.

Afin de ne pas le découvrir au plus mauvais moment, il faudrait donc toujours bien se renseigner sur les remboursements de sa mutuelle, peut-on comprendre à partir des informations fournies par les responsables de compagnies d’assurance. Cela permettra de choisir son assurance santé en fonction de ses besoins et de ses possibilités.

En gros, il n’existe pas de règle de base en ce qui concerne la relation entre les hôpitaux et les compagnies d’assurance. Chaque entité agit selon les règlements internes de son institution.

Au niveau de la Nationale d’assurance S.A. (NASSA), il existe par exemple deux plans d’assurance, explique le responsable de cette institution, M. Raoul Mérové Pierre :

Pour la plupart des gens de niveau financier moyen qui préfèrent parfois garder leur médecin habituel, ils doivent faire choix du « Plan d’assurance conventionnel », qui donne le libre choix. Par contre, cela va dépendre largement de la politique de l’hôpital qui souvent, ne voulant pas avoir de problème avec l’assureur, exige un dépôt. « L’hôpital du Canapé-Vert, par exemple, est le plus strict sur ce point », souligne le responsable d’une compagnie d’assurance, indiquant que les hôpitaux ne connaissent pas les barèmes des bénéficiaires, qui sont établis généralement par les chefs d’entreprises en fonction de leur budget, du nombre et du profil des employés qu’ils ont. Les règles du jeu sont définies suivant les barèmes choisis par l’employeur. « Si l’employé veut dépasser ce que son entreprise lui offre, c’est normal qu’il paie le surplus », ajoute-t-il.

Le deuxième plan qui concerne surtout les petites bourses, contrairement au premier, est très limité. Pour ce « Plan d’assurance avec réseau », il y a eu une entente préalable avec des pourvoyeurs médicaux qui sont en majorité des petits hôpitaux de la place, comme les DASH, l’hôpital de la communauté haïtienne, etc. Dans ce cas-là, la couverture est plus ou moins totale, sinon qu’il faut payer de petits frais de dossiers.

L’Etat ne dispose que d’un programme d’assurance unique, qui est exclusivement pour les agents de la fonction publique. Géré par le Groupe Santé plus (GSP), ce programme d’auto-assurance couvre 74 961 personnes, dont 60 614 fonctionnaires et leurs dépendants éligibles, 13 367 pensionnés et 980 contractuels, soit au total une population bénéficiaire de plus de 300 000 personnes, selon Jean Euler Auguste, vice-président de conseil d’administration de GPS, et Aristobule Deverson, membre du conseil.

Les deux responsables indiquent que le GSP a pris en charge la gestion du programme aux termes d’un contrat signé le 1er août 2000 avec l’Etat haïtien représenté par le ministère de l’Economie et des Finances. Au sujet de cette entente, font-ils savoir, il a été décidé deux options pour l’utilisation de l’assurance :

La couverture traditionnelle qui, selon leurs explications, est comme pour le premier plan de la NASSA mentionné plus haut, et la prise en charge complète qui, comme pour le second plan de la Nassa, se fait à travers la mise en place des réseaux coordonnés de délivrance de soins composés de prestataires des soins individuels, d’Unités périphériques (UP) et d’hôpitaux. L’assuré et ses dépendants en bénéficient moyennant le paiement de 50 gourdes et de 20% du coût des médicaments.

Cependant, seulement 14 structures de soins dénommées Unités périphériques (UP) partenaires du GSP existent dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et 4 dans les plus grandes villes de province, pour dispenser des soins en Haïti, révèlent les deux responsables de GSP. Quatre autres sont disponibles pour les soins à l’étranger.

On rapporte cependant que certains UP abusent des patients en réclamant plus: « Dans ce cas, les clients doivent savoir qu’il leur faut porter plainte; il y a un service de doléances au niveau du bureau de la compagnie qui gère ce genre de choses. Des sanctions sont envisagées dans ces cas », affirme M. Auguste, faisant remarquer qu’il y a un grave déficit d’informations au niveau de la population.

L’Etat et les chefs de groupe sont responsables de ce déficit d’information, selon M. Auguste, qui assure avoir organisé des séances de formation pour les responsables de groupe. Ceux-là devraient à leur tour informer la population, car il n’existe pratiquement pas de lien direct entre l’assuré et la compagnie. Sauf pour quelques cas particuliers, toutes les négociations sont faites entre la compagnie et les responsables d’entreprises.

Face à de telles contraintes, un système d’assurance maladie aurait pu grandement contribuer à la distribution des soins de santé en facilitant l’accès aux classes moyennes et surtout aux classes défavorisées. Mais faut-il commencer par les assurances proprement dites ou par les hôpitaux ?

Plus d’un croit que le pays n’est pas encore prêt pour les assurances, parce qu’il y a une énorme carence en hôpitaux publics ou hôpitaux tout court, surtout à la campagne. Les assurances santé ne peuvent pas marcher sans hôpitaux, d’après certains. Les responsables de compagnie d’assurance croient de leur côté que mieux vaut peu que rien. En attendant que le système d’assurance soit beaucoup plus élargi à l’avenir, ils se contentent de servir la faible partie de la population qui y a accès.