Déficit de services des urgences dans les hôpitaux

La déficience de services des urgences au niveau des hôpitaux dans le pays est un facteur très préoccupant pour plus d’un. Compte tenu de la situation d’insécurité et d’accidents fréquents à laquelle les citoyens sont exposés ces derniers jours, cette préoccupation s’accentue. Que faire en cas d’urgence au beau milieu de la nuit ? La majorité des centres hospitaliers, qu’ils soient privés ou publics, n’ont pas de service des urgences dignes de ce nom.

Il est très inquiétant de ne pas savoir immédiatement où se rendre en cas d’urgence, surtout au beau milieu de la nuit, afin de bénéficier de soins adéquats. Ces derniers jours, beaucoup de gens sont victimes par balle, en se faisant attaquer par des bandits, ou sont victimes d’accidents de la route, devenus de plus en plus fréquents. Souvent l’on ne peut pas se rendre à la structure hospitalière la plus proche, de peur de ne pas y aller en vain. Lors du terrible accident survenu dimanche soir sur la route de Delmas, les victimes ont été transportées jusqu’ à Sarthe, en plaine, pour recevoir les premiers soins. L’une des filles est morte suite à une crise d’asthme, et ses proches estiment qu’elle aurait pu survivre si elle avait pu être transportée plus rapidement à l’hôpital.

L’hôpital La Paix, à Delmas 33, entreprend des démarches pour la mise sur pied d’un service des urgences. Plusieurs partenaires y travaillent, mais ce programme n’est pas encore tout à fait effectif. Le bâtiment inauguré récemment est assez spacieux, mais ne dispose pas encore suffisamment de ressources humaines, selon un responsable. En attendant, les cas en surplus à cet hôpital sont rapidement transférés à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH).

Tout le monde connaît la situation du plus grand centre hospitalier public d’Haïti, l’HUEH, qui un jour fonctionne, un jour est en grève. Là-bas, la salle des urgences se trouve très souvent dans l’impossibilité de recevoir tous les cas qui s’y présentent. Les services accusent d’ailleurs de sérieuses défaillances : personnel débordé et peu qualifié pour les situations d’urgence, matériel et logistique insuffisants.

Selon une source hospitalière, il y aurait moins de cinq médecins haïtiens à avoir reçu une formation en médecine d’urgence, cette spécialisation n’étant pas offerte en Haïti. De plus, ces services ne sont pas véritablement équipés pour fournir des soins immédiats aux patients dont l’état nécessite une prise en charge rapide.

Le coût exorbitant de la mise en place d’une salle des urgences bien équipée est la première cause avancée par les gestionnaires de la santé pour expliquer la faiblesse des services des urgences dans le pays. La salle des urgences d’un des plus grands centres hospitaliers privés de la capitale, l’hôpital du Canapé-Vert, est fermée depuis le 12 janvier 2010. Les responsables de cet hôpital affirment que la salle est en cours d’aménagement et qu’elle devrait être rouverte d’ici le 15 janvier 2012.

L’hôpital de l’Office d’assurance accidents du travail, maladie et maternité (OFATMA), situé à Cité Militaire, est l’un des rares centres hospitaliers où le service des urgences fonctionnent normalement. Sa salle d’urgence inaugurée le 3 décembre 2004 est en mesure de recevoir n’importe quel cas d’urgence, à n’importe quelle heure et n’est jusqu’à présent jamais débordée; des médecins sont disponibles 24h sur 24, selon son directeur médical, le Dr Mathelier Silvera. En dehors des services de base offerts dans cet hôpital (services de soins liés aux accidents du travail et à la maternité), n’importe quel cas d’urgence y est admis.

Si beaucoup de gens ne fréquentent pas l’OFATMA, c’est en raison de leur ignorance de la qualité des soins offerts là-bas, estime M. Silvera, qui dit avoir malgré tout constaté une fréquentation en augmentation cette saison. Cette structure hospitalière en pleine extension est située dans un quartier pas trop sûr, selon plus d’un. La route qui y mène n’est pas vraiment en bon état. « Suite au cas d’un proche du gouvernement qui y a reçu des soins dernièrement, nous avons établi une entente avec les autorités qui devront bientôt faire des améliorations au niveau de la route », a indiqué le directeur médical.

La santé n’a pas de prix, mais coûte cher pour certains

A l’hôpital Saint-Joseph, comme à l’OFATMA, les urgences fonctionnent certes 24h sur 24; mais la plupart du temps la population de la région métropolitaine ne va pas dans ces hôpitaux privés en raison des coûts exorbitants auxquels leurs poches ne répondent pas. Pourtant, on ne paie pas très cher, selon ce qu’ont expliqué les responsables. La santé n’a pas de prix. Mais pour la plupart des familles, les frais à verser, dès la prise en charge, peuvent être très élevés. Face à la déficience des soins offerts dans les services des urgences des hôpitaux publics haïtiens, cette population se tourne de plus en plus massivement vers des centres hospitaliers gérés par des organisations non gouvernementales étrangères, telles Médecins sans frontières. Même le personnel soignant des hôpitaux publics y envoie parfois des patients qu’ils ne peuvent prendre en charge.

Avec Nathalie Verne

L’assurance santé face à la réalité haïtienne

L’accès aux soins de santé en Haïti n’est pas à la portée de tout le monde, à cause de la grande disparité des revenus, pis encore, à cause du taux de chômage élevé dans le pays.  L’assurance santé ne protège qu’une faible partie de la population (moins de 10%). L’Etat ne prend en charge que ses fonctionnaires.

Dans de nombreux pays, l’assurance maladie est une composante fondamentale de la sécurité sociale; pourtant la réalité d’Haïti démontre toute autre chose.L’État n’octroie pas les ressources financières suffisantes pour répondre à la demande sans cesse croissante de la population et n’arrive jamais à faire valoir le droit à la santé de ceux qui sont les plus vulnérables.

De son côté, la majorité de la population ignore ce droit fondamental que leur garantit la Déclaration universelle des droits de l’homme. Même ceux qui bénéficient d’une assurance ne seraient pas bien imbus de ce qu’est en réalité une assurance, à en croire certains responsables de compagnies d’assurance.

D’une part, il y a le problème des assurances qui se pose et, d’autre part, il y a celui des hôpitaux, qui est encore plus grave.

Certains croient qu’avoir une assurance devrait leur permettre de se rendre à l’hôpital sans avoir de soucis financiers. Un assuré qui devait être hospitalisé d’urgence à l’hôpital du Canapé-Vert a été choqué d’entendre qu’il lui fallait verser environ 25 000 gourdes pour y être admis, alors qu’il dispose d’une assurance. « A quoi me sert une assurance alors, si je dois payer tout cet argent ? », s’est-il demandé. « Cette somme constitue un dépôt exigible, explique une employée de l’administration de l’hôpital, dans lequel on facturera ce que l’assurance ne couvre pas, pour les frais de chambre, d’analyses, de médicaments et d’autres services qui n’entrent pas dans le cadre de l’assurance ».

Selon cette employée, le dépôt varie entre 11 000 et 25 000 gourdes par rapport à la chambre choisie (la moins chère est de 1900 gourdes par jour) et par rapport à la cause de l’hospitalisation (il peut s’agir d’une opération chirurgicale ou pas). Une remise sera effectuée après que la maison d’assurance aura payé.

Finalement, avoir une assurance ne permet peut-être pas de faire face aux urgences et aux pannes financières, comme le croit plus d’un. En fait, chaque hôpital a ses démarches particulières vis-à-vis des assurances. A l’Hôpital français, la somme exigée à l’entrée est beaucoup moindre, entre 2 500 gourdes et deux fois plus, selon le cas. Mais dans les deux cas, pour être admis à l’hôpital, une lettre de l’assureur est indispensable. L’hôpital Saint-Joseph, par contre, emploie une autre stratégie: la facture peut être réglée après.

Chaque assurance propose des remboursements différents sur les frais de santé qui varient selon le type de contrat et selon le ou les bénéficiaires. Mais, de toute façon, pour avoir une assurance, il faut déjà avoir de l’argent; d’ailleurs aucune compagnie d’assurance ne couvre les chômeurs. En fonction du contrat auquel on a souscrit, l’assurance santé peut tout rembourser ou seulement une partie des frais. Cela dépend du montant de la cotisation de l’assuré: plus sa prime d’assurance est élevée, mieux il sera remboursé. Parfois, certains médicaments ou prestations ne sont pas pris en charge.

Afin de ne pas le découvrir au plus mauvais moment, il faudrait donc toujours bien se renseigner sur les remboursements de sa mutuelle, peut-on comprendre à partir des informations fournies par les responsables de compagnies d’assurance. Cela permettra de choisir son assurance santé en fonction de ses besoins et de ses possibilités.

En gros, il n’existe pas de règle de base en ce qui concerne la relation entre les hôpitaux et les compagnies d’assurance. Chaque entité agit selon les règlements internes de son institution.

Au niveau de la Nationale d’assurance S.A. (NASSA), il existe par exemple deux plans d’assurance, explique le responsable de cette institution, M. Raoul Mérové Pierre :

Pour la plupart des gens de niveau financier moyen qui préfèrent parfois garder leur médecin habituel, ils doivent faire choix du « Plan d’assurance conventionnel », qui donne le libre choix. Par contre, cela va dépendre largement de la politique de l’hôpital qui souvent, ne voulant pas avoir de problème avec l’assureur, exige un dépôt. « L’hôpital du Canapé-Vert, par exemple, est le plus strict sur ce point », souligne le responsable d’une compagnie d’assurance, indiquant que les hôpitaux ne connaissent pas les barèmes des bénéficiaires, qui sont établis généralement par les chefs d’entreprises en fonction de leur budget, du nombre et du profil des employés qu’ils ont. Les règles du jeu sont définies suivant les barèmes choisis par l’employeur. « Si l’employé veut dépasser ce que son entreprise lui offre, c’est normal qu’il paie le surplus », ajoute-t-il.

Le deuxième plan qui concerne surtout les petites bourses, contrairement au premier, est très limité. Pour ce « Plan d’assurance avec réseau », il y a eu une entente préalable avec des pourvoyeurs médicaux qui sont en majorité des petits hôpitaux de la place, comme les DASH, l’hôpital de la communauté haïtienne, etc. Dans ce cas-là, la couverture est plus ou moins totale, sinon qu’il faut payer de petits frais de dossiers.

L’Etat ne dispose que d’un programme d’assurance unique, qui est exclusivement pour les agents de la fonction publique. Géré par le Groupe Santé plus (GSP), ce programme d’auto-assurance couvre 74 961 personnes, dont 60 614 fonctionnaires et leurs dépendants éligibles, 13 367 pensionnés et 980 contractuels, soit au total une population bénéficiaire de plus de 300 000 personnes, selon Jean Euler Auguste, vice-président de conseil d’administration de GPS, et Aristobule Deverson, membre du conseil.

Les deux responsables indiquent que le GSP a pris en charge la gestion du programme aux termes d’un contrat signé le 1er août 2000 avec l’Etat haïtien représenté par le ministère de l’Economie et des Finances. Au sujet de cette entente, font-ils savoir, il a été décidé deux options pour l’utilisation de l’assurance :

La couverture traditionnelle qui, selon leurs explications, est comme pour le premier plan de la NASSA mentionné plus haut, et la prise en charge complète qui, comme pour le second plan de la Nassa, se fait à travers la mise en place des réseaux coordonnés de délivrance de soins composés de prestataires des soins individuels, d’Unités périphériques (UP) et d’hôpitaux. L’assuré et ses dépendants en bénéficient moyennant le paiement de 50 gourdes et de 20% du coût des médicaments.

Cependant, seulement 14 structures de soins dénommées Unités périphériques (UP) partenaires du GSP existent dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et 4 dans les plus grandes villes de province, pour dispenser des soins en Haïti, révèlent les deux responsables de GSP. Quatre autres sont disponibles pour les soins à l’étranger.

On rapporte cependant que certains UP abusent des patients en réclamant plus: « Dans ce cas, les clients doivent savoir qu’il leur faut porter plainte; il y a un service de doléances au niveau du bureau de la compagnie qui gère ce genre de choses. Des sanctions sont envisagées dans ces cas », affirme M. Auguste, faisant remarquer qu’il y a un grave déficit d’informations au niveau de la population.

L’Etat et les chefs de groupe sont responsables de ce déficit d’information, selon M. Auguste, qui assure avoir organisé des séances de formation pour les responsables de groupe. Ceux-là devraient à leur tour informer la population, car il n’existe pratiquement pas de lien direct entre l’assuré et la compagnie. Sauf pour quelques cas particuliers, toutes les négociations sont faites entre la compagnie et les responsables d’entreprises.

Face à de telles contraintes, un système d’assurance maladie aurait pu grandement contribuer à la distribution des soins de santé en facilitant l’accès aux classes moyennes et surtout aux classes défavorisées. Mais faut-il commencer par les assurances proprement dites ou par les hôpitaux ?

Plus d’un croit que le pays n’est pas encore prêt pour les assurances, parce qu’il y a une énorme carence en hôpitaux publics ou hôpitaux tout court, surtout à la campagne. Les assurances santé ne peuvent pas marcher sans hôpitaux, d’après certains. Les responsables de compagnie d’assurance croient de leur côté que mieux vaut peu que rien. En attendant que le système d’assurance soit beaucoup plus élargi à l’avenir, ils se contentent de servir la faible partie de la population qui y a accès.