Ils passent la nuit devant l’ambassade, rêvent de vivre au Brésil

Depuis que l’ambassadeur du Brésil, José Luiz Machado Costa, a annoncé, en mai, qu’il n’y avait plus de restriction sur le nombre de visas permanents à délivrer aux Haïtiens désireux d’immigrer sur son territoire, les longues files devant le consulat brésilien à Pétion-Ville deviennent permanentes.

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Midi. Un brouhaha à l’angle des rues Clerveaux et Darguin attire l’attention de tous les passants. Sous un soleil de plomb, des dizaines de compatriotes sont rassemblés devant l’Hexagone, l’élégant immeuble hébergeant l’ambassade du Brésil à Pétion-Ville. Tous sont en quête d’un visa permanent.

Ce mercredi 4 septembre, une quinzaine de personnes ayant réussi à prendre rendez-vous par téléphone ont pu franchir la porte d’entrée de l’ambassade dès huit heures trente du matin. Les autres requérants forment une longue file qui s’embrouille et se reforme de temps en temps en attendant que le consul leur fasse grâce comme cela arrive quelquefois. Des affiches collées au mur indiquent pourtant que seules les personnes ayant pris rendez-vous par téléphone seront admises à l’intérieur du consulat. On invoque le désordre provoqué à l’entrée par certains appliquants…

Beaucoup téléphonent pourtant à maintes reprises au numéro indiqué pour la prise de rendez-vous. Sans succès. « Il paraît que le centre d’appel de l’ambassade reçoit 13 000 appels par jour, ce qui perturbe la ligne », chuchote un requérant, une enveloppe brune à la main contenant tous ses documents officiels.

Valise, cartable ou parasol sur la tête pour se protéger des rayons du soleil, les demandeurs de visa sont aujourd’hui en rage contre les responsables du consulat qui, selon eux, les méprisent. Les agents de sécurité disent avoir reçu l’ordre de ne laisser entrer personne, pas même un journaliste… Ils réclament que tout le monde fasse la queue, une exigence qu’ignorent les plus têtus qui n’hésitent pas à encombrer le passage. Un jeune homme en fureur jure que si le consul décide de faire entrer quelques requérants sans rendez-vous, il sera le premier à foncer à l’intérieur sans faire la queue.

C’est que les gens ont soif de ce visa de cinq ans qui leur permettrait d’étudier et de travailler légalement dans le plus grand pays d’Amérique du Sud. Certains viennent passer la journée et même la nuit à la rue Clerveaux depuis plusieurs semaines, en vain. « Le pays ne m’offre rien, j’aimerais aller voir ce qu’il y a ailleurs, scande une jeune fille dans la vingtaine. J’ai un voisin qui est parti récemment pour le Brésil, il travaille déjà et envoie de l’argent à sa famille ».

Si certains sont vraiment confiants qu’une vie meilleure les attend au Brésil, d’autres veulent tout simplement faire l’expérience de vivre dans un autre pays. « J’aimerais connaître le Brésil, voir la Coupe du monde de 2014, mais je ne peux pas me procurer un visa de touriste, confie un homme de 32 ans. Alors, je suis venu ici voir si je peux avoir un visa permanent ». Si les choses vont bien au Brésil, ce dernier pourrait peut-être y rester définitivement, mais pour le moment il veut seulement visiter, dit-il. « Je ne suis pas encore prêt à quitter mon pays pour aller vivre ailleurs, mais ça vaut la peine d’avoir ce visa, car on ne sait pas comment seront les choses à l’avenir », affirme ce technicien de la Croix-Rouge haïtienne.

« Il y a des gens ici qui n’ont même pas un passeport, commente un agent de sécurité. De plus, certains ont obtenu le visa depuis des lustres, mais ne peuvent même pas se payer le billet d’avion ». Un demandeur rétorque, tout de go: « J’aurais préféré vendre tout ce que j’ai et rester tout nu juste pour acheter le billet. »

Trois heures de l’après midi. Le soleil frappe moins dur. L’ombre de l’immeuble Hexagone remplit toute la rue Clerveaux. Les apparitions et disparitions du consul au seuil de la porte d’entrée redonnent de l’espoir. Les gens sont déterminés à attendre jusqu’au bout. « Celui qui persévèrera jusqu’à la fin sera sauvé », entend-on de la bouche d’une dame.

Certains essayent de cacher la nouvelle, mais elle se répand comme une traînée de poudre: « Hier soir, le consul a reçu les 17 personnes qui sont restées devant le consulat jusqu’à huit heures 30 du soir ». On pressent déjà que ce soir, beaucoup plus de gens vont y passer la nuit…

Huit heures 30 du soir. Le cortège présidentiel vient de passer à la rue Clerveaux, totalement éclairée par les projecteurs des entreprises de la place. La porte de l’ambassade est fermée, mais la plupart des demandeurs sont encore là, entassés sur l’escalier d’entrée de l’Hexagone, assis sur les trottoirs ou éparpillés dans tous les coins de la rue pour discuter fraternellement. Jusque là, personne n’a été servi.

« C’est un manque de respect !, hurle un jeune homme. C’est le consul qui encourage les gens à dormir ici par le fait qu’il en reçoit à 8 heures du soir. »

« Je viens ici depuis au moins 15 jours et j’y ai déjà dormi deux fois pour pouvoir être en tête de ligne le lendemain matin. Hier soir, j’étais la 18e personne et à peine me suis-je déplacée que le consul a fait grâce aux 17 qui étaient devant moi », poursuit ce jeune homme, s’estimant malchanceux.

10 heures du soir, les projecteurs sont éteints. Plusieurs requérants finissent par désister. Mais la plupart sont encore là, tenaces, déterminés à y passer la nuit… et à rêver de leur vie au Brésil, un jour…

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10 heures du soir, la plupart des requérants sont encore là, tenaces, déterminés à y passer la nuit…

Le consulat dominicain en panne de visa

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Il est trois heures de l’après midi, des dizaines de compatriotes haïtiens se sont rassemblé devant le consulat général de la République dominicaine, à Pétion-Ville. Les rayons du soleil se sont heureusement atténués en ce lundi 19 août par un temps nuageux qui annonce la pluie. Dans une longue file mal formée, sur le trottoir de la rue Panaméricaine, ces demandeurs de visa se bousculent les uns les autres comme devant les bureaux haïtiens de service public.

Ils sont pour la plupart des étudiants ou de futurs étudiants, des commerçants ou de simples visiteurs, désireux d’aller chez le voisin pour un long ou un court séjour. « Nous sommes là depuis quatre heures du matin, ces gens viennent tout juste d’arriver, ils ne peuvent pas passer avant nous », lance nerveusement une jeune femme en sueur, pendant qu’un agent de sécurité et un policier essayent de rétablir l’ordre. Entre-temps, des « racketteurs » profitent de ce brouhaha pour essayer de gagner leur pain auprès des intéressés en leur promettant de les faire passer plus rapidement.

Un peu plus tard, des responsables informent que seul le visa d’une année est disponible au prix de 225 $US et que c’est le requérant lui-même qui doit se présenter au consulat avec son passeport. Toutes les personnes « en règle » sont finalement admises à entrer à l’intérieur du consulat pour déposer leur passeport et revenir les récupérer le lendemain. « Lorsque j’aurai enfin ce visa, je ferai le signe de la croix », s’exclame un jeune homme dans la vingtaine qui dit s’être présenté au consulat plusieurs fois déjà, en vain.

« J’habite Carrefour, mais hier soir j’ai été obligée de dormir chez mon frère à Torcelles pour pouvoir arriver ici à quatre heures et demie du matin », explique une dame dans la quarantaine, heureuse que son fils de 20 ans ait pu entrer à l’intérieur du consulat. Ça fait déjà huit jours que je viens ici et m’entendre dire de revenir parce qu’il n’y a pas de visa. Quand on est dans le besoin, il faut accepter de faire des sacrifices. »

Cette dame veut à tout prix permettre à son jeune fils d’aller passer quelques mois en République dominicaine afin d’apprendre l’espagnol avant de partir pour le Mexique dans le cadre d’une bourse d’études en médecine. « Si je n’étais pas tenace, aujourd’hui encore je serais repartie sans visa », ajoute-t-elle triomphante.

Comme cette dame, chacun semble avoir une raison importante de faire la queue, bien qu’on se plaigne de devoir affronter toutes ces misères pour un simple visa dominicain. Certains en arrivent même à lier ce problème aux récentes crises qui divisent les deux pays.

Le visa dominicain a toujours été à meilleur marché dans certaines agences. Dans tous les coins de la capitale, des affiches indiquent qu’on peut l’avoir à 180, 170 et parfois 160 dollars américains. Cependant, un petit tour dans quelques-unes d’entre elles nous a permis de confirmer que le visa dominicain est devenu plus rare ces jours-ci.

Festival de la mer, se la pou w te la !

 « Gardons nos plages propres », c’est sur ce thème que s’est déroulée, du 9 au 11 août 2013, la deuxième édition du Festival de la mer au Cap-Haïtien. Cette initiative du bureau régional du ministère du Tourisme a mobilisé des milliers de festivaliers à la découverte des potentialités touristiques de cette ville historique.

 

Il fait une chaleur torride au Cap-Haïtien. Les avions régionaux atterrissent sur la piste de l’aéroport Hugo Chavez à un rythme plus accéléré que d’habitude. Des Haïtiens et des étrangers venus de Port-au-Prince et de la diaspora débarquent heureux dans la ville du roi Henry Christophe. Une délégation d’officiels et d’investisseurs des îles Turks-et-Caïcos y est également accueillie par la ministre du Tourisme Stéphanie Balmir Villedrouin, elle-même venue lancer l’évènement.

Le Festival de la mer démarre, vendredi 9 août, avec des rencontres et des excursions. Tout autour de l’aéroport, des affiches et des banderoles annoncent son déroulement et les différentes activités associées. La ville est en plein mouvement. Heureusement, sa capacité d’accueil est énorme grâce à ses nombreux hôtels, la plupart déjà bien remplis. Les visiteurs sont assoiffés de plaisir. Des visites guidées, notamment au Parc national historique et à la citadelle leur permettent de découvrir le potentiel touristique de la région. Ils ont eu aussi l’occasion d’apprécier les talents culinaires des Capois, en sillonnant les multiples restaurants de la ville.

Le soir, le centre-ville est entièrement agité par des défilés et des animations musicales diverses. La population est au rendez-vous. A la rue 24, une énorme estrade installée pour l’occasion accueille les artistes invités. Sur un stand juxtaposé, les officiels et les invités spéciaux se défoulent sans restriction. Des artistes d’origine capoise, comme Daniel Larivière, Tonton Bicha, Miss monde, etc., sont honorés par la ministre du Tourisme qui a remis à chacun d’eux une plaque d’Honneur et Mérite. De nombreux show de danses sont offerts par des artistes de la région, mais c’est T-Micky qui aura conquis la grande foule avec ses prestations pimentées.

La journée du samedi est marquée par des conférences visant à sensibiliser la population à préserver les fonds marins et à garder les plages propres. Elle est clôturée par le « boulevard bistrot », une activité qui consiste à faire vivre l’expérience de la gastronomie des gens du Nord, à ciel ouvert, avec l’animation musicale du groupe « The Best ». De son côté, le groupe Klass offre un bal payant au « Feu-vert » à qui veut le voir jouer. Ils sont nombreux à faire la queue pour se procurer le billet d’entrée et le bal connaîtra un grand succès en dépit de la chaleur étouffante.

Les activités se poursuivent ainsi jusqu’au dimanche, jour du « Plezi lanmè », à Camp-Louise, avec l’animation de DJ Tony Mix. Le festival est clôturé lundi matin sur le boulevard du Cap-Haïtien par le groupe musical Anbyans.

Des agents de la PNH et de la Minustah, ainsi que des brigadiers de la Croix-Rouge haïtienne et de la Protection civile ont été présents durant les trois jours et aucun incident majeur n’a été signalé.

La population a participé massivement à toutes les activités et, manifestement, elle en voulait beaucoup plus que ce qu’elle a eu.

Le ministère du Tourisme veut donner un leadership à ses directions départementales afin qu’elles puissent créer des évènements culturels et touristiques partout dans le pays. « Il faut chercher à chaque moment l’opportunité d’attirer les touristes », estime Stéphanie Balmir Villedrouin, pour qui un tel évènement aura certainement des retombées économiques pour la destination. Le secteur privé du Cap s’est d’ailleurs beaucoup impliqué dans la réalisation de l’évènement.

Le Festival de la mer a toutes les chances d’être pérennisé dans le Nord et de poursuivre son objectif qui est de mettre en évidence à chaque fois l’une des plages de la région.

En dépit de certaines failles organisationnelles, cette réalisation a effectivement permis à plus d’un de se rendre compte que les touristes peuvent toujours continuer à visiter le Nord même en dehors d’un évènement particulier, et qu’ils ne seront pas déçus. D’autant plus que la semaine prochaine, ce sera la fête patronale du Cap-Haïtien et que d’autres activités intéressantes sont prévues pour le bonheur de tous ceux qui feront le déplacement.

Un souffle d’espoir pour les agriculteurs de Lhomond

A Lhomond, une localité de Miragoâne, le secteur agricole est confronté à tout un ensemble de difficultés qui paralysent son développement. Les jardins et les espaces agricoles dépérissent. La sécheresse y bat son plein. La détresse et le découragement se lisent tout naturellement sur le visage des paysans, lesquels sont pourtant animés du désir de travailler la terre malgré que cette activité devienne de moins en moins rentable.

L’une de leurs principales préoccupations, le non-fonctionnement de la pompe d’irrigation installée dans la section communale depuis quatre ans. L’eau et les canaux sont pourtant là, mais l’appareil n’a jamais pu fonctionner depuis son installation, selon les habitants de la zone qui assimilent cette panne à des problèmes de réglage ou à une mauvaise installation. Cette machine devait pourtant servir à améliorer leurs conditions de travail…

 « Certes, nous n’avons pas participé activement à la mise en place de cette pompe, mais nous l’avons accueillie avec beaucoup de plaisir, pensant qu’elle allait soulager les paysans. C’est vraiment pénible de constater qu’elle n’est pas fonctionnelle », indique Alfred Etienne, président de la Fondation pour le développement économique et social (FODES-5), une organisation très réputée dans la commune de Miragoâne pour ses interventions dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’agriculture.

C’est à l’invitation de cette association que le secrétaire d’Etat à la relance agricole, Joseph Vernet, a effectué une visite à Lhomond le week-end dernier afin de rencontrer les paysans et d’évaluer la situation. Au cours de cette rencontre, les besoins les plus urgents ont été exprimés par la population : difficultés pour trouver des semences de bonne qualité et problème de main-d’oeuvre, entre autres. « De nos jours, les jeunes négligent l’agriculture au profit des taxis-motos », explique un agriculteur.

 Après avoir pris connaissance des doléances, le représentant du ministère de l’Agriculture a promis de dépêcher sur place une équipe de techniciens. « Ils pourront faire un meilleur diagnostic de la situation afin de trouver des solutions durables », affirme-t-il, soulignant que le problème n’est pas seulement d’ordre mécanique, mais aussi d’ordre organisationnel. C’est pourquoi le responsable s’engage à établir tout un programme d’accompagnement technique, technologique et social dans cette communauté.

 En ce qui concerne la pompe et tout le système d’irrigation établi dans la région, M. Vernet promet de donner suite à l’entretien par la formation de gens pouvant assurer le suivi. En outre, même réparé, ce système ne pourra irriguer qu’un quart des terres disponibles dans la section communale. Une extension est donc indispensable.

 Le secrétaire d’Etat a parlé de la mécanisation du secteur agricole pour un retour à la terre et une meilleure production agricole dans la zone. Selon lui, les potentialités sont là, il suffit de mieux les valoriser. « Il faut un encadrement des paysans et une orientation vers des marchés où ils pourront écouler leurs produits », indique M. Vernet. D’après lui, les paysans pourront ainsi sortir définitivement de « l’agriculture de subsistance » pour passer à « une agriculture tout à fait rentable ».

Heureusement, conviennent-ils tous, les routes sont en bon état et la zone est déjà bien désenclavée. En conséquence, les résultats économiques sont quasiment garantis. Les paysans de Lhomond sont donc dans l’attente des premières actions concrètes…

Un spectacle de danse envoûtant à l’hôtel Oloffson

Au terme de son traditionnel séminaire de danse, Jean Apollon Expressions (JAE) a offert vendredi dernier un spectacle envoûtant dans la cour de l’hôtel Oloffson. Professeur dans plusieurs universités américaines, Jean Apollon organise depuis 2006 cette activité en Haïti afin de remercier sa terre natale qui lui a permis d’accéder à ce sommet.
 
 
Dès 6 heures 30 du soir, la cour de l’hôtel Oloffson accueille les premiers arrivants dans son cadre mystique habituel. Le show est introduit par un discours de Mme Emerante de Pradines, radieuse dans sa robe bleu argent et ses souliers de la même couleur, le tout allant avec ses cheveux couleur cendre. Celle-ci partage les souvenirs de ses débuts dans la danse avec un public ému, constitué principalement d’acteurs des secteurs culturel et vaudou, comme Vivianne Gauthier, Michèle D. Pierre-Louis, Hérold Josué, etc.
 
 
Peu après, une première troupe de jeunes tout de blanc vêtus fait son entrée pour offrir aux spectateurs une prestation d’inspiration vaudoue formidable. Ils continuent ainsi dans des chorégraphies différentes l’une de l’autre. Les participants s’impliquent au fur et à mesure que la troupe diversifie ses prestations de danse, entrecoupées de textes et de chants engagés. Les danseurs s’oublient complètement pour faire le bonheur du public. Ils s’étalent et se replient dans des mouvements semblables à du yoga, du karaté ou simplement du ballet. Ce qu’ils font est, en fait, un mélange de tout ça, un mélange de danses modernes et de folklore.
 
A certains moments, leurs déhanchements endiablés sur un rythme de tambour coupent le souffle. C’est l’émerveillement au sein de l’assistance qui, très vite, se laisse envoûter. Les assistants ne manquent pas d’exprimer leur satisfaction et se disent impatients de revivre une scène pareille… l’année prochaine.
 
 
 
La danse comme thérapie
 
C’est en moins d’un mois que Jean Apollon et ses danseurs ont pu préparer ce spectacle impressionnant, grâce à des séances de répétition assidues. Tout au cours du séminaire, ces jeunes ont eu l’occasion d’apprendre des techniques de danse propres à JAE. « Le yoga que nous avons commencé à pratiquer est une méditation assez bénéfique pour leur physique, fait remarquer Jean Apollon qui, cependant, met l’accent sur le folklore. Le yoga les aide à mieux respirer en vue de combattre le stress découlant des circonstances parfois pénibles vécues en Haïti. »
 
« J’aimerais apprendre aux jeunes à apprécier leur propre culture, car il est incompréhensible que notre danse traditionnelle soit adoptée et travaillée par des étrangers, alors que nous la négligeons », indique le danseur professionnel qui donne des séminaires un peu partout dans le monde.
 
 
 
Depuis 2006, Jean Apollon organise ce spectacle de danse chaque été. Cette activité constitue, selon lui, une véritable thérapie pour ces jeunes, la plupart du temps livrés à eux-mêmes, comme ça a été le cas pour lui autrefois. « La danse a toujours été pour moi une guérison lors des moments tragiques », confie le résident de Boston, qui a vu son père mourir brulé vif et sa maison partir en fumée, sous la présidence de Jean-Bertrand Aristide. Ne pouvant disposer d’un psychologue pour l’aider à panser ce choc émotionnel, son seul recours était la danse. C’est pourquoi le chorégraphe pense pouvoir aider aujourd’hui des jeunes à se soigner de ce qu’il appelle « la fracture mentale » provoquée, entre autres, par le séisme de 2010.
 
Recrutés gratuitement sur la seule base de leur motivation et de leur aptitude pour la danse, les jeunes ont manifesté beaucoup d’intérêt pour ce séminaire qui a été pour eux un espace d’éducation et de discipline à tous les niveaux. Au terme de l’événement, environ une quarantaine d’entre eux ont reçu chacun un certificat.
 
 
 
« C’est nécessaire de former des jeunes qui peuvent aller représenter Haïti dans des cadres exceptionnels à l’étranger », estime M. Apollon, qui met du coeur et beaucoup de ressources dans ce projet. Une initiative qu’il réalise avec ses propres moyens et le support de quelques particuliers. « Mon plus grand rêve est de voir d’autres partenaires se joindre à moi afin que l’on puisse toucher beaucoup plus de jeunes, dit-il, pendant que les jeunes danseurs répètent leur numéro. J’aimerais que ces cours soient disponibles toute l’année. Un jour peut-être, ces poulains pourront nous représenter partout dans le monde ! »

Nouvel incendie dans un camp d’hébergement

Boliman Brandt, situé entre Delmas 2 et Delmas 4, vient s’ajouter à la liste des camps d’hébergement incendiés au cours de ces dix-huit derniers mois par des mains invisibles.
 
 
Il est deux heures de l’après-midi, une atmosphère funèbre règne au camp d’hébergement Boliman Brandt. Des enfants jouent parmi l’insalubrité, tout en respirant un air malodorant, dans les couloirs de cet espace devenu une cité façonnée de tentes en bâches et en tôles. Des adultes font passer le temps en jouant aux dominos. D’autres continuent de vaquer tranquillement à leur train-train quotidien, en dépit des rayons perçants du soleil et de la chaleur de l’été qui, joint à la poussière et la fumée, rendent cet endroit pratiquement invivable.
 
Un peu à l’arrière, plusieurs citoyens se sont regroupés autour de quelques petites flammes encore vivantes suite à l’incendie qui s’est déclaré vers deux heures dans la matinée du mercredi 24 juillet 2013. Plusieurs dizaines de tentes ont étés consumées par le feu dans ce périmètre. Il n’en reste plus que les débris de tôle, la cendre des planches et la noirceur des objets brûlés, que certains citoyens tentent encore de récupérer.
 
 
« Le feu a été mis dans les toilettes, puis s’est propagé de tente en tente, explique Laurent Sylssa, l’un des responsables du camp. On aurait pu le circonscrire dès le début, mais il n’y avait pas d’eau. » Personne ne sait ce qui a provoqué le feu, comme d’habitude. Les suspicions fusent de toute part. Des agents de police et de pompiers sont arrivés sur les lieux un peu après l’incendie et, de concert avec la population, ils ont pu éviter le pire.
 
Quelques agents de la Minustha ont également sillonné les environs, promettant d’apporter de l’aide, mais, en attendant le coucher du soleil, les réfugiés se questionnent et ne semblent pas savoir où ils vont passer la nuit.
 
« Ça fait déjà quelque temps que l’organisation Concern avait annoncé la relocalisation des réfugiés, après nos nombreuses manifestations, mais le processus est encore à son début et va très lentement », déplore M. Sylssa qui, de concert avec ses pairs, dit avoir frappé à toutes les portes sans trouver de réponse.
 
 
 
Boliman Brandt est probablement l’un des plus importants camps d’hébergement de la capitale avec les quelque 4 200 familles qui y vivent. Il en existe encore plusieurs autres, surtout au bas de Delmas, bien qu’il soit difficile de croire que des gens vivent encore dans ces conditions inhumaines, plus de trois ans et demi après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010.
 

Un film de sensibilisation sur la syndicalisation en Haïti

En Haïti, le secteur informel représente 95% de la main-d’oeuvre. Face à cette réalité, le cinéaste québécois André Vanasse croit qu’il est indispensable que les travailleurs haïtiens se regroupent en syndicats. Pour le compte de la Confédération syndicale internationale, il vient de passer un mois en Haïti afin de tourner un documentaire sur l’importance de la syndicalisation.
 
 
« Ce film sera un outil de formation sur la question de l’informel et de la syndicalisation », affirme André Vanasse, au terme de son travail d’un mois en Haïti visant à inciter les ouvriers de l’informel à rejoindre un syndicat.
 
Les personnages de ce court-métrage, en créole, sont exclusivement des travailleurs haïtiens. Le réalisateur s’est rendu sur le terrain pour filmer des paysans dans l’Artibonite, des marchands, des travailleurs domestiques et des ouvriers du secteur de la construction, estimant que ces derniers doivent se regrouper en syndicat pour exiger une meilleure protection.
 
« Je travaille entièrement au bénéfice des syndicats et je suis là pour défendre leur point de vue. Mon travail consiste à leur donner une fenêtre pour exprimer leur voix en produisant cet outil de communication qui sera diffusé à la fois en Haïti et sur la scène internationale », a précisé le cinéaste québécois.
 
 
André Vanasse croit que le syndicalisme engendre le partage de la richesse dans tout pays. « Les pays les plus riches sont ceux où il y a le plus de syndicats », dit-il, citant notamment les pays de l’Europe du Nord. « Ils ont 70% de la main-d’oeuvre qui est syndiquée, alors qu’en Haïti ça n’est seulement que 3% », souligne le cinéaste indépendant, engagé par la Confédération syndicale internationale (CSI) pour produire ce documentaire.
 
« Malheureusement, les travailleurs haïtiens du secteur informel, comme le personnel domestique, sont très mal payés et ne jouissent d’aucun avantage social. Les syndicats doivent donc regrouper ces personnes-là pour leur donner plus de force », insiste-t-il.
 
Le tournage terminé, le cinéaste promet que d’ici deux mois le film sera mis à la disposition des syndicats en Haïti, qui s’en serviront pour faire de la formation.
 
André Vanasse exerce le métier de cinéaste depuis déjà une trentaine d’années. Formé en sciences de l’éducation, sa carrière s’est forgée dans la production d’outils pédagogiques. Son accent créole prouve bien qu’il a beaucoup travaillé aux côtés des Haïtiens.
 
Il vient en Haïti depuis 2005. « Haïti et le Québec ont beaucoup d’affinités culturelles et la même origine linguistique, c’est pourquoi j’aime beaucoup travailler en Haïti », dit-il, heureux d’avoir appris notre langue et notre culture. Ceci est le 4e documentaire qu’il fait sur Haïti. Il avait déjà réalisé l’année dernière un documentaire intitulé « Ann Kore moun », qui apporte des questionnements sur le rôle et l’importance des syndicats dans le pays.
 
André Vanasse prévoit également de proposer à la télévision québécoise un projet de film sur la mentalité haïtienne, estimant que l’Haïtien est individualiste et a une trop grande méfiance à l’égard des institutions. A son avis, l’une des faiblesses d’Haïti est le manque d’institutions collectives. « Chacun aime avoir son affaire, mais on a de la difficulté en Haïti à organiser des institutions collectives qui marchent bien. S’il y avait un partage de la richesse, le pays décollerait comme une fusée ! ».