Au secours du Centre de formation pour l’école fondamentale

Le Centre de formation pour l’école fondamentale (CFEF), sis à Martissant, partage son local depuis le 12 janvier 2010 avec un centre d’hébergement. Une situation qui entrave la bonne marche de l’institution déjà en proie à des difficultés. Les élèves ont beau tenter différents mouvements de protestation, jusqu’à présent aucune décision n’a été prise par les autorités concernées pour améliorer leurs conditions d’apprentissage.
 
Jeudi 31 mai 2012, 11 h 18 a.m. La barrière verte à moitié démolie du Centre de formation pour l’école fondamentale (CFEF) est grande ouverte. Les deux extrémités de l’entrée sont occupées par une marchande de nourriture et un forgeron qui travaille tranquillement le fer à coup de marteau. N’importe qui peut y entrer. Il faut juste traverser une mare de boue. Un petit garçon se baigne au milieu de l’allée qui mène à l’établissement, près d’une fontaine à laquelle les riverains viennent puiser l’eau. Un homme à moitié nu fait le va-et-vient dans la cour de l’école où quelques étudiants sont éparpillés çà et là pour revoir leurs notes.
 
Des soldats srilankais se sont fait une place non loin de la fontaine d’eau, en face du grand immeuble non entretenu qui héberge le CFEF à Martissant, entre l’église Sainte-Bernadette et l’école nationale de Martissant. « On a dû faire appel à ces soldats pour assurer la sécurité, suite à plusieurs actes de banditisme survenus dans les parages », rapporte un étudiant en deuxième année requérant l’anonymat.
 
Depuis le séisme de janvier 2010, le CFEF partage sa cour avec un camp d’hébergement de plusieurs dizaines de tentes. « La présence de ces gens constitue un handicap majeur à la bonne marche de notre école qui, depuis janvier 2010, fonctionne au ralenti », se plaint un autre élève, dénonçant le mauvais comportement des réfugiés. « Dans ces tentes, poursuit-il, il y a toutes sortes d’individus. Ils fument de la drogue, salissent nos locaux, volent notre matériel et se promènent n’importe où, n’importe comment ».
 
Le plus grand rêve des étudiants du CFEF est de voir partir les refugiés de leur espace. Cependant, il leur semble que cela ne se réalisera pas bientôt, car, jusque-là, aucune décision relative à cette évacuation n’a été prise par les autorités concernées. Outre la cohabitation avec des réfugiés, les étudiants font aussi face à des difficultés liées au manque de matériel et à la formation insuffisante. « Il n’y a pas assez d’ouvrages dans la bibliothèque ni d’ordinateurs dans la salle d’informatique », déplore un autre étudiant en troisième année.
 
En dépit de tout, ces apprenants reconnaissent avoir de bons professeurs et un programme presque équivalent à celui des étudiants des sciences de l’éducation. « Mais après nos études ici qui durent trois ans, nous sommes sans statut et n’avons pas la garantie de trouver un emploi. De plus, on ne nous décerne qu’un certificat, alors que notre niveau mérite au moins un diplôme ».
 
Les responsables de l’établissement ne souhaitent faire aucun commentaire sur les conditions d’apprentissage au sein de l’école ni les revendications des étudiants.
 
Le CFEF a été créé pour pallier les problèmes de base de l’éducation en Haïti et pour servir l’Etat, selon ces jeunes en formation, qui regrettent que la plupart des cadres formés à ce centre, s’ils ne sont pas complètement au chômage, travaillent dans des écoles privées. Lors de sa création en 1999, il était question de construire, au fur et à mesure, une annexe dans chaque département. Ce qui n’a jamais été fait.
 
Pour faire passer leurs revendications, plusieurs mouvements de protestation (marche pacifique, arrêt des cours) ont déjà été organisés par les étudiants, il y a environ un mois. « Les responsables du MENFP ont promis de nous rencontrer, mais à chaque fois ils reportent le rendez-vous », dénoncent en choeur un groupe d’étudiants visiblement en colère, qui menacent de reprendre les mouvements de protestation si aucune décision n’est prise dans un bref délai. Ils en ont profité pour exprimer leur mécontentement par rapport à leur « exclusion » au sous-programme d’enquête du programme de scolarisation gratuite de la présidence. « Ils cherchent à anéantir l’unique centre de formation pour l’école fondamentale de l’Etat; c’est une honte », estiment-ils.
 
Au moment où la présidence prône la scolarisation universelle, gratuite et obligatoire, ces futurs enseignants se demandent si une éducation de qualité est possible sans une formation adéquate des maîtres, tout en appelant la MENFP à réviser sa façon de les traiter.
 
 

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