Gérer le transport maritime en Haïti, un casse-tête pour le SEMANAH

Le non-respect des normes par les usagers des voies maritimes est le principal inconvénient que rencontre, dans l’exécution de son travail, le Service de navigation et de transport maritime en Haïti (Semanah), dont la mission est de réguler et de contrôler les eaux maritimes haïtiennes, qu’elles soient côtières, régulières ou internationales.

Un représentant de l’institution placé dans chaque port et chaque point de mouillage, de concert avec quelques représentants des gardes-côtes, effectue un travail de vérification des bateaux et voiliers qui doivent prendre les eaux. Il ne doit pas y avoir de surcharge, l’embarcation doit disposer de matériel de premier soin, de gilet de sauvetage, etc. Le capitaine doit s’informer sur le temps qu’il fera lors de son voyage et ne pas partir en cas d’interdiction de l’institution qui, dès qu’il y a une menace sur les eaux, avise toutes les institutions partenaires et les capitaines. Si tout se passe bien, le capitaine pourra avoir accès à un certificat de déplacement. Cependant, les choses ne se passent pas toujours comme ça; les deux naufrages survenus récemment peuvent en témoigner.

En effet, le 26 juillet 2011 dernier, une petite chaloupe à moteur qui sortait de Borgne pour se rendre à Anse-à-Foleur, a sombré au large d’Anse-à-Foleur coûtant la vie à plus de dix personnes. Seulement 19 survivants ont été dénombrés, selon une lettre du représentant territorial du SEMANAH au Cap-Haïtien, M. Bernadin Francisque, adressée au directeur de la sécurité maritime, M.Ronald Jabouin au surlendemain de l’incident. « Nous n’avions pas eu la chance de rencontrer le capitaine de cette chaloupe qui pourrait nous informer sur la quantité de personnes qui étaient à bord; mais selon des sources peu sûres, il devait y avoir au moins 40 personnes, le vent était un peu fort », a indiqué M. Bernadin Francisque.

Pour la directrice générale du SEMANAH, Mme Marie Yvrose Jean, il s’agissait d’un bateau surchargé pris par un mauvais vent, à 45 minutes d’Anse-a-Foleur, c’était un navire pirate (non identifié) dont le capitaine était quand même enregistré aux archives de l’institution. Celui-là avait décidé de prendre les eaux, alors qu’on le lui avait interdit ce jour-là, prenant départ à un point non reconnu par les autorités maritimes.

« Ce cas est très courant: pour éviter de suivre les procédures, certains capitaines préfèrent ne pas démarrer leur navire dans les points d’embarcation autorisés. », a révélé le numéro un du Semanah, qui ne compte que 15 bureaux territoriaux; « On ne peut pas faire de chaque point de déplacement un port ou un point de mouillage, ce serait placer des représentants sur tous les côtes du pays, ce qui est impossible », a-t-elle ajouté.

L’assistant-directeur de la sécurité maritime, M. Dieudonné Bruno, dans une lettre adressée au directeur général, a indiqué que le canot qui faisait entre 7 et 8 mètres de long pouvait transporter 15 personnes s’il avait le matériel de sauvetage. Les conditions météorologiques n’étaient pas trop favorables car le vent soufflait jusqu’à 20 noeuds et les vagues montaient à six pieds de haut. Le canot aurait subi une double vague et un fort vent de travers occasionnant une gîte sous le poids du déplacement des passagers à tribord. « Le représentant territorial du Cap-Haïtien a rencontré le juge de paix de Borgne, Me Saint-Louis, lui sollicitant l’arrestation de M. Luc Augustin, propriétaire et capitaine du navire, mais celui-ci a pris la fuite », a-t-il écrit.

Durant le passage du cyclone Emily sur le pays, le Semanah avait interdit toute navigation maritime, mais cela n’a pas empêché que certains incrédules aient quand même tenté de prendre les eaux. « On a procédé ce matin à l’arrestation d’un capitaine », a fait savoir le directeur général, le vendredi 5 août dernier, date à laquelle l’interdiction n’était pas encore levée pour la navigation, en dépit du fait que le ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, Paul Antoine Bien-aimé, ait annoncé la levée de l’alerte sur tout le territoire. « Jusqu’à ce moment, la mer est encore agitée », a affirmé Mme Yvrose Jean vendredi.

En ce qui a trait au naufrage du navire la Belle Gonavienne # 2, survenu le 27 juin 2011, à Anse-à-Galet, le représentant territorial du Semanah à Anse-à-Galet, Vilbrun Vilméus, a affirmé que celui-là est renversé par un gros vent non loin de son port. Le navire avait à son bord 19 passagers et quatre membres d’équipage pour un total de 23 personnes, a-t-il confirmé. « On a retrouvé cinq morts, toutes sont des femmes, sept survivants et sept personnes sont portées disparues », a fait savoir l’Armateur, M. Elie Guipson, ajoutant que le navire avait également à son bord 227 sacs de charbon, 8 sacs de d’arachides et quelques volailles. Ce navire-là était enregistré, a appuyé le directeur général.

Mme Yvrose Jean félicite certains notables de cette zone qui ont demandé au bureau central du Semanah d’organiser des séances de formation pour les capitaines de la Gonâve, afin qu’ils comprennent comment protéger la vie des passagers en mer, pour éviter ce genre d’accidents. Elle affirme qu’à plusieurs reprises, ils ont organisé des séminaires à leur intention. « D’ailleurs des inspecteurs sont actuellement en formation », a-t-elle révélé.

Le directeur général du Semanah a souligné que l’institution qu’elle dirige est confrontée à un problème majeur qui est le vol du matériel de signalisation qui se fait de plus en plus. Il évoque aussi les ports qui ne sont pas en bon état.

Dans sa sphère d’action, le Semanah travaille en collaboration avec la police et les élus locaux (député, CASEC, ASEC). Il se trouve paralysé par l’absence de législation maritime. Les nombreux traités internationaux auxquels la République d’Haïti a adhéré, particulièrement les conventions de l’OMI, ne sont pas insérés dans notre droit positif, a expliqué Mme Yvrose Jean, qui rêve d’un gouvernement plus ferme qui pourra faire respecter les normes. « Les gens ne respectent pas la loi ni l’Etat », s’est-elle plaint, souhaitant que les ports de cabotage soient aménagés pour faciliter les contrôles.

« Presque toutes les activités relatives aux mouvements des navires dans les eaux haïtiennes et également dans les ports de la région sont réunies par la direction de la Sécurité maritime. Cette Direction englobe aussi la réglementation du transport dans les eaux haïtiennes, l’enregistrement et le travail des gens de mer nécessaires à la bonne conduite du navire et de la signalisation maritime: trois éléments vitaux pour la sécurité de la navigation maritime. Elle représente l’une des plus importantes directions du SEMANAH qui comprend quatre autre directions : l’unité de coordination, la direction de la sécurité maritime, la direction de la coopération et des affaires maritimes et la direction de la protection du milieu marin », a expliqué Mme Yvrose Jean.

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