La communauté haïtienne

Près d’un million de dollars US aux 112 immigrants haïtiens

La justice dominicaine s’est enfin prononcée sur le sort des 112 immigrants haïtiens en conflit avec leur employeur dominicain depuis plusieurs mois. Ces travailleurs devront être indemnisés à près d’un million de dollars américains, selon la décision finale lue ce mercredi matin au tribunal de San Cristobal.

Le propriétaire de la compagnie « Coquera real », en République dominicaine, Rafael Alonso Emilio Luna, est accusé d’avoir retenu illégalement des immigrants haïtiens dans sa compagnie pendant une dizaine d’années, selon ce que rapporte le journal dominicain El Nacional. De ce fait, il lui est fait obligation de payer une « prestation de travail » estimée à plus de dix millions de pesos dominicains (239 000.00 $US).

M. Luna devra également verser une indemnisation de 30 millions de pesos (714 300 $US) aux travailleurs haïtiens pour cause de « non-paiement de prestations de travail sur une période de 10 ans », selon le verdict 18-2013 de la cour d’appel de San Cristobal qui ordonne du même coup l’arrêt des activités de la compagnie.

Les avocats des travailleurs, les frères Carlos et Lucas Sanchez et Santiago Diaz, disent attendre impatiemment la mise en application immédiate du verdict prononcé contre Alonso Luna. Entre-temps, le juge de la cour d’appel de San Cristobal, Juan Perez, a ordonné la saisie immédiate des biens de la compagnie qui s’est déclarée en faillite récemment. Le juge Juan Perez aurait déjà fixé une caution pour garantir les droits des Haïtiens de recevoir ce qui leur est dû.

Cette décision de la justice dominicaine est applaudie par plusieurs organisations haïtiano-dominicaines, notamment la fondation Zile qui a accompagné les travailleurs haïtiens dès le début de cette affaire. « Ce dossier retient jusqu’ à présent l’attention de l’opinion publique insulaire, en raison de ses divers aspects, allant du trafic de personnes aux mauvais traitements infligés à ces compatriotes », indique le directeur exécutif de l’organisation binationale Edwin Paraison, estimant que l’étape la plus importante reste le paiement des sommes fixées. « En ce sens, ajoute-t-il, le groupe d’accompagnement qui s’est créé autour des travailleurs maintient ses réunions hebdomadaires à Haina tous les mardis ».

Rappelons que depuis la fin de l’année 2012, ces travailleurs haïtiens ont été licenciés dans de très mauvaises conditions par la compagnie « Coquera real », pour cause de faillite. Ils ont alors engagé une lutte sans précédent contre leur ex-patron, grâce à la solidarité de divers groupes de la société civile, dont le Centro Bono de l’Église catholique, la fondation Zile, le Mouvement socioculturel des travailleurs haïtiens (MOSCTHA) et des syndicats de travailleurs. Les immigrants ont occupé durant plus d’un mois les trottoirs du ministère du Travail dominicain situé dans le plus important centre administratif de Santo Domingo, puis ont été logés dans un vieil immeuble à San Cristobal où certains d’entre eux vivent encore.

L’absence d’encadrement du gouvernement haïtien a été sévèrement critiquée et l’intervention de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) – jouant un rôle de police – avait mis fin à leur manifestation pacifique. Plus d’un doutait de l’impartialité du tribunal de San Cristobal, chargé de l’affaire, dont certains membres auraient supposément été proches de l’homme d’affaires Luna.

Lire aussi: Piégés en République dominicaine

Le Best Western Premier ouvre ses portes en Haiti

L’hôtel Best Western Premier a ouvert ses portes officiellement ce jeudi, au coeur de Pétion-Ville. Haïti est le 35e pays à accueillir un « Best Western Premier », alors que Best Western compte environ 4 200 hôtels à travers le monde.
 
Crédit-photo: Lakay News weekly
Crédit-photo: Lakay News weekly

C’est le premier établissement hôtelier sous enseigne d’une chaîne américaine à ouvrir ses portes en Haïti depuis des décennies. L’appellation « Best Western Premier » revient aux hôtels de première catégorie (quatre étoiles ou plus), dans la chaîne des Best Western. En dessous, il y a les « Best Western plus » et les « Best Western ».

Cet établissement dont les travaux de construction ont été entamés en avril 2011 comporte 106 chambres et suites étalées sur 7 étages. Il est doté d’un restaurant « Le Michel », d’un spa « Oxygène », de deux suites exécutives et deux suites présidentielles impériales, des salles de réception et de réunion, et d’une salle de conférence « Louverture », le tout pour offrir le luxe et le standard international.

580 oeuvres artisanales décoratives et 42 oeuvres d’art provenant d’artistes et d’artisans du pays ont été soigneusement sélectionnés ou conceptualisés par l’équipe de l’atelier 1804 design, ayant à sa tête la designer Pascale Théard, pour refléter la richesse de l’art haïtien.

En ce qui a trait au prix des chambres, « cela va dépendre du marché », indique M. Christopher Handal, ajoutant que l’équipe va « suivre les prix du marché et essayer de donner les meilleurs services à la clientèle ».

C’est près de 15 millions de dollars qui ont été investis dans la construction de cet hôtel quatre étoiles, grâce au financement de la Capitale Bank et de la Unibank. Il y a une empreinte haïtienne partout et à tout moment de la construction de l’hôtel. En dépit du fait que Pétion-Ville compte déjà plus d’une dizaine d’hôtels, les responsables ont choisi de le placer là « parce que pour le moment il y aura toujours des touristes qui viennent en Haïti pour affaires ».

« Il y a toujours un grand marché pour d’autres hôtels à venir », souligne M. Handal, estimant qu’en Haïti, « nous avons besoin de beaucoup de chambres d’hôtel ». L’homme d’affaires déplore qu’il n’y ait même pas mille chambres d’hôtel en Haïti alors que la République dominicaine dispose de plus de 60 000.

Best Western a déjà employé près d’une centaine de cadres au niveau national. « On va sûrement en employer 20 autres ».

Au carrefour des rues Louverture et Geffrard, l’hôtel Best Western Premier donne sur la rue comme aucun autre établissement de la place.

La Saint-Gabriel de Lascahobas, tout un festival

La patronale de Lascahobas a été célébrée de façon grandiose le 25 mars dans la paroisse Saint-Gabriel, au coeur de la ville. Les pèlerins sont arrivés de partout pour participer aux différentes activités organisées à l’occasion de cette « fête de l’Annonciation ».

Toute la ville de Lascahobas est en fête à l’occasion de la Saint-Gabriel. La fête commence dès samedi matin avec l’ouverture de la 7e édition de la foire exposition organisée par l’Initiative de la société civile (ISC), qui n’a pas connu un très grand succès. Tôt dans la matinée, la ville est bouillonnante avec les préparatifs pour le festival organisé par la mairie. Des dizaines de banderoles de différentes institutions de la commune souhaitent la bienvenue aux pèlerins et visiteurs.

Dans la soirée du samedi, la pluie qui tombe durant des heures n’empêche pas  la population de continuer à festoyer sereinement. La chaleur humaine contribue à faire baisser la température, après l’averse. C’est étonnant de voir cette population assoiffée de plaisir qui, dans un fourmillement, déambule sur la place d’armes, en attendant Koudjay (groupe musical à tendance racine) qui arrive vers 4 heures du matin avec beaucoup de retard. En revanche, des groupes locaux se joignent à Trankil pour tenir le public en haleine durant une bonne partie de la nuit. T-Micky est également attendu, mais, finalement il ne joue pas.

Le dimanche, c’est Tropicana qui fait le plaisir de ceux qui ont les moyens d’aller le voir jouer. 

Le « lundi saint » est férié à Lascahobas pour favoriser la participation des citoyens de cette commune aux différentes activités organisées à l’occasion. La paroisse Saint-Gabriel est remplie comme un oeuf. Un grand nombre de prêtres venus d’un peu partout du diocèse de Hinche ainsi que des milliers de pèlerins participent à la messe solennelle de célébration  de cette patronale, entamée dès dix heures du matin sous la direction de l’évêque de Hinche, Mgr Simon Pierre Saint-Hillien. « Nous sommes faits pour vivre ensemble et pour être en relation les uns avec les autres », souligne le père Eustache, en présence de diverses autorités locales (sénateurs, députés, maires, directeurs généraux et départementaux, etc.).

Le célébrant principal invite tous ceux qui ont une responsabilité dans les institutions publiques à oeuvrer pour le bien-être de la communauté et pas seulement pour eux-mêmes. « Nous sommes tous coupables de la situation actuelle du pays, soutient-il. Dieu nous a créés pour vivre en communauté et non en cercle fermé. » En outre, le père Eustache a prêché la tolérance : « Dieu nous a créés égaux en droit et en dignité, mais différents les uns des autres », affirme-t-il, exhortant les Haïtiens à s’entraider et à se supporter mutuellement.

Pour sa part, Mgr Simon Pierre Saint-Hillien salue les progrès enregistrés dans le fonctionnement de la paroisse Saint-Gabriel, qui s’implique fortement dans le développement de la communauté. Un superbe tableau du collège Saint-Gabriel lui a été offert en guise de remerciement pour sa participation à la patronale.

Après la longue célébration eucharistique, durant laquelle les différents problèmes de la communauté ont été abordés, les invités ont pris part à des réceptions. 

Pour la souveraineté alimentaire, marchons unis !

C’est par sa traditionnelle marche que le Mouvman peyizan Papay (MPP) a clôturé, le vendredi 22 mars 2013, le congrès de 5 jours organisé dans le cadre de la célébration de son 40e anniversaire. Cette année, le mouvement a mobilisé près de 50 000 participants. Une étonnante manifestation paysanne.

La marche a démarré à midi au Carrefour de Hinche-Thomassique situé à quelque 7 km de la ville de Hinche. Des cultivateurs venus de partout dans le Plateau central y ont débarqué comme des pèlerins, arrivés à pied ou dans de gros camions. La foule de paysans vêtus de maillots rouges et de chapeaux de paille avec des messages revendicatifs inscrits dessus se dirige vers la ville dans une atmosphère de fête. Des riverains impressionnés par la manifestation agrandissent la foule au fur et à mesure qu’elle avance. Plusieurs partenaires internationaux sont également de la partie.

Motivés plus que jamais à faire entendre leur voix, les militants gagnent les rues poussiéreuses de Papaye, en brandissant des pancartes et en chantant des refrains destinés à dénoncer la dépendance alimentaire. De loin, on peut les voir traverser le pont Gwayamouk comme une colonie de fourmis ou d’abeilles. Certains d’entre eux dansent autour des grands chars musicaux qui les accompagnent.

Des agents de la police nationale et de la protection civile sont sur place. Aucun incident majeur n’est signalé.

La caravane sillonne ensuite les rues de Hinche avant d’aboutir à 2 heures 15 de l’après-midi sur la place Charlemagne Péralte, sa destination. A ce moment, le leader du MPP, Chavannes Jean-Baptiste, prend la parole pour appeler ses compatriotes à la conscience citoyenne et à l’organisation, seule façon de continuer à mener la lutte pour la souveraineté alimentaire. C’est alors que le long discours de déclaration finale est lu par le responsable du MPP et un autre collègue.

Dans ce discours, l’organisation félicite les 1875 délégués d’organisations paysannes venus des dix départements géographiques du pays, ainsi que les délégations de la diaspora, qui ont pris part au congrès, tout en présentant ses revendications qui concernent principalement les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation.

Rappelons que cette marche a mis fin au congrès de 5 jours réalisé dans le cadre de la célébration du 40e anniversaire de MPP. L’objectif de cette initiative est de réclamer une organisation plus cohérente « dans un pays qui importe plus de la moitié de ses produits alimentaires ». Les participants ont plaidé pour que soit entrprise dans le pays une véritable réforme agraire et une agriculture agro-écologique, méthode basée sur le renouvellement des sols qui bannit l’utilisation des engrais chimiques.

Celui qui s’était vivement opposé à l’arrivée en Haïti de semences hybrides ou OGM du géant industriel américain Monsanto après le séisme de 2010 pense que l’agro-écologie peut offrir de meilleurs rendements et réduire la pauvreté, en fournissant de l’emploi rural.

La priorité pour les agriculteurs haïtiens, selon lui, est une véritable réforme agraire au terme de laquelle chaque agriculteur pourrait sécuriser une portion de terre pouvant nourrir sa famille et approvisionner les marchés locaux. << Les paysans doivent être considérés comme des Haïtiens au même titre que les autres, ils doivent être respectés et impliqués dans les décisions du pays >>, recommande-t-il.

Le Mouvement Paysan Papaye est une organisation paysanne qui a pour but d’unir tous les paysans d’Haïti et de rassembler les jeunes travailleurs ruraux organisés en groupement, en vue de leur promotion culturelle et économique. Sa mission principale est de promouvoir l’organisation de toute la masse paysanne pauvre d’Haïti (hommes, femmes, jeunes) afin de lutter pour bâtir une société où les besoins vitaux de l’homme sont satisfaits (alimentation, logement, éducation, travail, soins médicaux, loisirs, etc.) ; tout en respectant l’identité et la liberté du peuple. Le slogan « òganizasyon ou lanmò » revient sans cesse dans tous les grands rassemblements du MPP.

Camp-Perrin a célébré la Journée internationale de la femme

Les femmes ont fêté grandiosement à Camp-Perrin à l’occasion de la journée qui leur est consacrée par les Nations unies. Des milliers de femmes se sont mobilisées dans l’enceinte du Centre des frères Thomas de Camp-Perrin pour accueillir la ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes, qui s’était fait accompagner d’une délégation de parlementaires, d’autorités locales et de membres d’organisations internationales.

C’était l’occasion pour les femmes de cette communauté, ainsi que d’autres femmes venues d’ailleurs, d’exprimer leurs besoins et de plaider pour le respect de leurs droits. La ministre à la Condition féminine s’est félicitée des progrès enregistrés dans le domaine de la participation des femmes dans la vie politique et des postes de responsabilité au sein du gouvernement actuel. Elle a encouragé la population à élire beaucoup plus de femmes au Parlement.

Mme Mézile a plaidé pour l’autonomisation économique des femmes haïtiennes. En ce sens, elle a promis de mettre sur pied bientôt des « maisons de femmes » dans la commune des Cayes.

La ministre Mézile a été l’actrice principale de cette célébration, mais c’est le député de Maniche / Camp-Perrin qui a reçu le plus d’honneur durant cette cérémonie. Ogline Pierre a été couronnée par les organisations de femmes de sa circonscription pour « avoir su satisfaire les attentes de ses mandants ». Emue, cette dernière a versé des larmes de joie, heureuse de ce que cette activité ait été réalisée dans  sa commune. 

Quel avenir pour la centrale hydroélectrique de Belladère ?

La centrale hydroélectrique de Onde-verte (CHOV), à Belladère, fonctionne comme une entreprise autonome. Méconnue, cette institution considérée comme la petite-fille de la centrale de Péligre alimente la ville de Belladère et quelques localités avoisinantes. Elle fait face à certaines menaces qui remettent en question sa subsistance.

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Visite guidée

Il faut juste traverser une grande barrière en tôle de couleur verte avec le logo : « Electricité d’Haïti », pour visiter la « centrale hydroélectrique de Onde-verte », après avoir emprunté une longue route étroite et poussiéreuse, depuis le Carrefour de Croix-fer (situé à environ 4 km de Belladère). La fraîcheur qu’il y fait est agréable. Le bruissement de l’eau de la rivière coulant à flots dans le grand évacuateur de crue est comme une douce musique.

Avec l’autorisation de l’agent de sécurité et de l’opérateur en service, on peut même aller voir le barrage situé en altitude. De là, on peut contempler une bonne partie de ce quartier tout vert appelé la Sève et de la rivière Onde-verte qui poursuit son chemin au milieu des arbres. On peut également observer la circulation de l’eau dans les vannes de chasse jusqu’à son acheminement au centre de transformation, un petit bâtiment couvert de tôles, situé tout en bas du système de captage.

A l’intérieur, les deux turbines du centre dégagent un bruit assourdissant. Juste à côté, un autre bâtiment de la même allure héberge les différentes cellules d’opération. Le travail y est énorme depuis la transformation jusqu’à la « grande distribution » de l’énergie, assurée par le bureau de l’Ed’H de Belladère, au coeur de la ville. Cette énergie est payée par les grandes entreprises de Belladère et de Baptiste, notamment. C’est Baptiste qui reçoit la plus grande part d’électricité (jusqu’à vingt-quatre heures par jour).

Inquiétudes…

La CHOV est un patrimoine historique. Plus jeune que la centrale hydroélectrique de Péligre, elle a été créée en 1946, sous le président Dumarsais Estimé, fondateur de la ville de Belladère. Sa puissance de production de 750 kilowatts lui permet d’électrifier les sections communales Baptiste, Croix-fer, Dopalais et Belladère, à raison de 16 heures d’électricité par jour, en moyenne.

Depuis sa dernière rénovation en 2008, la CHOV marche très bien, selon l’opérateur Jean Claude Louissaint qui y travaille depuis seize ans. L’originaire de Jacmel craint toutefois une diminution des capacités de l’institution à l’avenir, en raison des menaces de carence d’eau. Il se rappelle qu’à cause du manque d’eau, la CHOV a eu à faire face à trois années d’arrêt, entre 2005 et 2008, période durant laquelle la commune de Belladère était plongée dans le black-out total.

Il est clair qu’une gestion efficace de cette centrale est indispensable au développement de Belladère et des communes voisines. Située dans une région à faible risque sismique, la plus grande menace à la subsistance de la CHOV est le phénomène de déboisement qui a certainement des impacts sur le bassin versant qui l’alimente. En outre, un meilleur plan d’aménagement de ce bassin aiderait sûrement à étendre ses services sur plus de localités.

Aucune initiative visant l’amélioration des services de cette centrale n’a été prise depuis 2008. Des projets ont certes été annoncés, mais rien de concret n’est fait jusque-là. Aujourd’hui, des travaux de réhabilitation sont en cours à la centrale hydroélectrique de Péligre, selon ce qu’a annoncé récemment la direction de l’Electricité d’Haïti (Ed’H). Il y a aussi la réhabilitation simultanée de la centrale thermique de Carrefour où des travaux ont débuté depuis octobre 2012. Qu’en est-il de la centrale hydroélectrique de Belladère ?

 
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L’odeur du café de Dany Laferrière

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Le personnage principal de cette œuvre est l’auteur lui-même, Dany Laferrière, qui en est également le narrateur. Vieux os, âgé de dix ans nous fait voyager à une petite ville de campagne, Petit-Goâve, pour rencontrer sa grand-mère Da, deuxième personnage de ce merveilleux récit, à laquelle il est profondément attaché et au pied de laquelle il est souvent assis sur une galerie ensoleillée.

Outre ces deux personnages principaux, on peut considérer le café comme l’un des principaux personnages de ce roman. Ce fameux café qui revient de temps en temps tout au cours de l’histoire peut même être vu comme un personnage éponyme par le fait qu’il donne son nom au titre de l’œuvre.

Enfin, Marquis, le chien de Dany, et les fourmis qu’il observe de temps en temps, accompagnent le narrateur du début à la fin et ont donc une place de choix dans le récit.

Dany Laferrière montre sa vision personnelle de la réalité. Il décrit le présent de façon objective et, en même temps, cherche à accrocher son public en l’amenant à réfléchir sur soi et sur le monde qui l’entoure. De là, on peut dire que le narrateur présente l’aspect d’un petit garçon tantôt ouvert, tantôt replié sur lui-même.

J’apprécie le sens du  détail du narrateur âgé de dix ans, qui  s’intéresse aux grandes préoccupations de la vie, à la vie, à la mort, aux rêves, à la magie, aussi bien qu’aux fourmis et à ses jeux d’enfants. Sa passion pour les choses simples et l’attention qu’il porte à la psychologie des personnages qu’il peint sont intrigantes. Dans ce roman, il n’y a pas de place pour l’imaginaire, tandis que les images sont abondantes. On a l’impression de lire un journal intime écrit dans un langage poétique avec des jeux de mots qui transperce le cœur et un humour qui fait mouche.

C’est une histoire racontée en de tout petit fragment comme les petites pièces d’un jeu de puzzle que le lecteur doit assembler pour former une grande image. Une façon bien originale pour Dany de raconter la vie de son village et son enfance dans un bouleversement temporel.

Bien que n’étant pas une autobiographie à proprement parler, cette œuvre permet au lecteur de se familiariser avec le petit garçon « observateur » que fut Dany Laferrière, lors de ses dix ans. On parvient à se familiariser avec presque toutes la famille de l’auteur : Sa grand’mère Da qui prépare le café à longueur de journée sur la galerie de sa maison ; sa mère Marie, l’ainée des cinq filles de Da ; ses tantes Renée, Gilberte, Raymonde et Ninine, qui ont l’habitude de s’assoir, elles aussi, sur la galerie, vers la fin de l’après midi, chacune dans son coin préféré et Vava, son brulant premier amour.

On se familiarise également avec la ville natale de l’auteur : Petit-Goâve, qu’il parvient à peindre dans le plus léger détail, si bien qu’on a l’impression d’y être déjà allé.

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Dany Laferrière avec des élè de Saint-louis de Bourdon, lors d’une conférence organisé à l’Institution Saint-Louis de Gonzague, Delmas 33, en 2012.

Une compagnie de fabrication d’ordinateurs en Haiti

Haïti possédera peut-être bientôt sa première entreprise de fabrication d’ordinateurs. Associée à la compagnie locale de télécommunication Suntel S.A., la société thaïlandaise X-Core Corporation participait le week-end dernier au Salon de l’emploi organisé par Haïti Job. Eula Adam, le président de X-Core, a bien voulu répondre à nos questions.

Monsieur Adam, vous dites vouloir offrir des ordinateurs à bas prix sur le marché haïtien. Quelle expérience avez-vous en la matière ?

 Eula Adam (EA): Professionnellement parlant, je suis comptable agréé américain. J’ai passé près de 18 ans à travailler avec l’une des plus grandes firmes comptables dans le monde. Après, j’ai eu à travailler pour Data Corporation, une entreprise œuvrant avec Western Union, puis avec une autre firme de paiement pour MasterCard et Visa. J’ai passé ensuite quatre ans au conseil d’administration de Mastercard. Finalement, je me suis mis avec un autre partenaire qui est ingénieur de système pour créer X-Core Corporation. Notre stratégie globale est de travailler avec des partenaires à travers le monde en vue d’établir des compagnies locales qui peuvent grandir. Aujourd’hui, nous travaillons dans beaucoup de pays, d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud et dans plusieurs villes aux Etats-Unis. En effet, nous voulons mettre des ordinateurs à la portée de gens aux revenus modestes. Vous savez que X-Core Corporation est une petite entreprise privée basée en Thaïlande, mais qui a aussi des bureaux aux Etats-Unis. Nous fabriquons des ordinateurs de toutes sortes et, surtout, des ordinateurs à prix réduit qui consomment moins d’énergie.

Quel est le but de votre participation au Salon de l’emploi en Haïti?

EA: Nous avons une opportunité de construire une entreprise d’assemblage d’ordinateurs capable de recruter 1 200 employés, sans grands investissements, en travaillant avec notre partenaire, la Suntel S.A., le gouvernement haïtien, les écoles privés et les associations éducatives. Les machines seront à prix très bas, faciles à maintenir et pourront être utilisées pour l’éducation, les affaires et dans le domaine médical.

Quand vous parlez « d’assemblage d’ordinateurs », qu’est-ce que cela veut dire au juste ?

EA: Un ordinateur est constitué de plusieurs compartiments (batterie, wifi, CPU, stockage, etc.). Notre travail consiste à assembler ces différents éléments pour former l’ordinateur. Donc, nous faisons la conception de la machine, puis importons les pièces, le plus souvent de Chine. Un ordinateur peut se fabriquer avec moins de dix compartiments, il suffit de savoir comment les joindre. Je suis très confiant que nous pouvons recruter, former et motiver des travailleurs haïtiens. Nous avons d’ailleurs déjà un groupe très motivé…

Où en êtes-vous avec les différentes étapes de la mise en œuvre?

EA: Nous sommes au tout début. Notre présence ici témoigne d’ailleurs des suites que nous donnons à ce projet. Nous avons rencontré des gens qui se montrent énormément intéressés à notre gamme de produits. Ce projet ne requiert pas de gros investissements, mais simplement la mobilisation de la communauté d’affaires, la volonté du gouvernement pour travailler avec nous et l’intérêt du peuple haïtien pour acheter nos produits à bas prix. Notre projet peut donc se réaliser très vite. Pour commencer, nous devons nous assurer que le marché peut absorber 10 000 de nos machines par mois, je crois que ce niveau est déjà atteint aujourd’hui. Notre plus grand défi actuellement, c’est de trouver une organisation déjà disponible pour nous accompagner dans l’assemblage, la vente, le marketing et la distribution. On n’a pas besoin de construire un grand immeuble, mais seulement de bien former nos cadres, ce qui peut se faire en quelques semaines. Je pense qu’il faudra au maximum six mois pour tout mettre en place et commencer à produire.

Vous avez déjà pris connaissance des formalités à remplir auprès des institutions étatiques ?

EA: Nous avons déjà rencontré des gens qui nous ont compris et qui nous ont indiqué la procédure à suivre pour investir en Haïti. Actuellement, nous sommes déjà en train de vendre nos produits grâce au partenariat avec la Suntel, mais entre-temps, nous explorons également les possibilités d’investissement. Nous n’allons pas attendre que nos commandes mensuelles soient de 10 000 ordinateurs pour commencer à les fabriquer en Haïti. Si nous réussissons, nous pourrons très vite devenir une très grande compagnie, avec les revenus et les affaires générés par nous-memes.

De quelles compétences aurez-vous besoin ?

EA: Ça ne prend pas grand-chose. D’ailleurs, nous avons une force de travail déjà disponible. Beaucoup de jeunes étudiants haïtiens n’ont pratiquement rien à faire ; nous allons les former dans la mesure du possible et les employer. Presque tous les ordinateurs sont assemblés en dehors de la Chine, et nous pensons qu’ici est tout aussi bien qu’aux Etats-Unis ou au Mexique. C’est une étape naturelle, rien de compliqué.

Aurez-vous une marque originale pour le marché haïtien?

EA: Comme nous travaillerons avec la Suntel, la marque sera probablement Suntel. Mais si vous regardez l’historique des ordinateurs, vous verrez que presque tous les grands fabricants d’ordinateurs dans le monde ont des marques qui ont d’abord été méconnues par l’ensemble des clients dans le monde. Nous voulons construire une marque qui sera reconnue et acceptée en Haïti et dans les pays comme la République dominicaine et les autres Etats de la Caraïbe où nous pourrons exporter avec toute la fierté haïtienne. Ça prendra du travail, mais ça vaut le coup !

Piégés en République dominicaine

Les travailleurs haïtiens doivent être entendus ce jeudi par la justice dominicaine. En attendant, ils vivent dans des conditions pénibles dans un vieil immeuble de San Cristobal, après des années passées à travailler très dur.

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L’émouvante histoire

 Dix heures du matin. Il fait 25 degrés C à San Cristobal, en ce dernier lundi de janvier. Les travailleurs haïtiens en difficulté sur le territoire dominicain – qui ont fait l’actualité la semaine dernière – s’activent à l’intérieur de la vieille remise transformée en centre d’hébergement depuis plus d’une semaine. Chacun s’affaire à une besogne personnelle pendant que Tania Jean, une jeune femme dans la vingtaine, fait bouillir le repas collectif dans une large chaudière installée sur un grand réchaud à gaz propane, juste à côté d’une pile de vaisselle sale.

Pour passer le temps, des jeunes hommes jouent aux cartes, indifférents aux enfants en bas âge qui font des allées et venues près du vieux camion en panne qui sert de chambre à Chantal Planquet, une femme enceinte. Le mari de Chantal et deux autres personnes y dorment également, tandis que les autres réfugiés se reposent dans des tentes éparpillées un peu partout dans la cour extérieure. La femme enceinte déplore les conditions dans lesquelles les enfants sont contraints de vivre, mais… a-t-elle le choix ?

A 30 ans, Francisco Ojilus – le mari de Chantal – serait le plus vieux de la bande. Il dit qu’il a passé presque la moitié de sa vie à travailler pour les entreprises de commercialisation de noix de coco « Coquera du Km 5 » et « Coquera Real », à San Cristobal, actuellement en faillite.

Le rude travailleur se souvient comme si c’était hier de son arrivée illégale à Santo Domingo en 1999, un peu à la manière des esclaves au temps de la colonie. « Un ami du patron est venu nous chercher directement à Maïssade, confie le « leader » du groupe. Arrivés à la frontière, nous avons été transportés dans un gros camion couvert d’un prélart, de manière à tromper la vigilance de la police. Nous ne savions même pas quel genre de travail nous allions faire.»

Ces travailleurs, qui gagnaient en moyenne 2 500 pesos par semaine sans aucun avantage social, ont habité depuis dans les locaux de « Coquera du Km 5 y Coquera Real ». « Nous y avons travaillé très dur, sans jour de repos ni aucun soin médical quand nous étions malades », rapporte M. Ojilus, les yeux remplis de tristesse.

« La compagnie étant alors à ses débuts, nous avons vécu dans des conditions infrahumaines, jusqu’à ce que nous ayons pu construire des maisonnettes avec nos propres moyens, dans la cour de la compagnie, ajoute le porte-parole du groupe, sous les regards approbateurs de ses compatriotes. Plusieurs fois, nous avons demandé de retourner chez nous, surtout après l’assassinat de l’un d’entre nous par un Dominicain, mais le chef n’a pas voulu ».

Des mineurs…

La majorité de ces travailleurs ont moins de trente ans. Pis encore, plusieurs d’entre eux sont mineurs. « Mes parents n’étaient pas d’accord, mais j’ai tenu à venir pour gagner un peu d’argent », confie Calixte, 15 ans, qui a dû abandonner ses études scolaires à Maïssade.

« Nous n’avons jamais été autorisés à quitter les locaux de la compagnie, c’est là que nous faisions tout », ajoute, l’air timide, Lucky Pierre, 17 ans, un jeune homme de haute taille aux cheveux tressés. Calixte et Lucky sont arrivés dans la compagnie il y a 10 mois après avoir franchi, eux aussi, la frontière de façon illégale.

Au moment de la faillite de la compagnie, les travailleurs n’en ont pas été informés. « Nous avons seulement constaté que le local était mis en vente, déplore Gérald, dans un créole mêlé d’espagnol. Lorsque plus tard, le propriétaire nous a demandé de partir, nous ne pouvions aller nulle part puisque nous n’avions pas un sou. En plus, il nous doit encore 4 mois d’arriérés de salaire.» Les travailleurs dominicains, eux, auraient été payés…

Plus loin, Gérald ajoute que le propriétaire a fait appel à des policiers pour leur faire quitter les lieux. « L’un d’entre nous a même reçu une balle au pied », dit-il.

Pas question de partir sans dédommagement

Sur ces 112 travailleurs haïtiens, 10 ont déjà été déportés et deux autres « enlevés » par l’immigration dominicaine. Après avoir passé 40 jours devant le ministère du Travail dominicain, les 100 autres sont tous logés dans ce garage à San Cristobal grâce à leurs avocats, Carlos Manuel Sanchez Diaz et Lucas Manuel Sanchez Diaz. Ils sont aussi assistés par des bénévoles haïtiens et dominicains.

Ces migrants réaffirment qu’ils ont été trompés par les responsables de l’Organisation internationale de la migration (OIM), qui ne leur a pas donné le temps de lire les papiers qu’ils leur ont fait signer. Ainsi rejettent-ils d’un revers de main la proposition de l’OIM de recourir au Programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration, qui concerne les victimes du séisme de 2010. Ils se disent prêts à retourner volontairement dans leur pays, à condition d’être d’abord dédommagés. En attendant, ils ne souhaitent aller nulle part de peur d’être victimes des sbires de leur ex-patron.

« Cette intervention non sollicitée de l’OIM, qui doit être qualifiée d’interférence dans une lutte ouvrière où la responsabilité d’un ministère est plus qu’évidente, est profondément regrettable », indique pour sa part le responsable de la fondation Zile, Edwin Paraison, estimant qu’il est totalement illogique que ces ressortissants abandonnent un combat légal qui pourrait leur rapporter collectivement 375 000 US$ pour recevoir moins de 20 000 US$ de l’OIM…

Le cabinet Sanchez, dans son désir de venir en aide aux victimes, peu importe leur nationalité, de violations des droits humains en République dominicaine, a jugé bon d’offrir un espace à ces migrants. Les Sanchez promettent d’accompagner les victimes jusqu’au bout, dénonçant la violation de l’article 137 -3 de la Convention sur les droits des migrants approuvée par la République dominicaine. « Cette loi condamne le trafic humain », affirme Carlos Sanchez, qui voit dans cette affaire un trafic de mineurs et une violation de leur droit à l’éducation.

Si l’ambassade d’Haïti à Santo Domingo a été dénoncée pour son inaction, l’ambassadeur Fritz Cinéas explique vouloir gérer la situation en « vrai diplomate ». A en croire ses explications, l’ambassade y travaille « activement », mais « discrètement ». Outre l’aide humanitaire apportée aux victimes, « nous allons continuer à lutter pour nos compatriotes », jure-t-il.

Par ailleurs, nous avons pris connaissance d’une lettre signée par Fritz Cinéas et adressée à la coordonnatrice du PNUD en République dominicaine, pour la mettre en garde contre « le plan orchestré par des organismes de l’Etat dominicain de concert avec l’OIM pour évacuer les protestataires haïtiens », en attendant la seconde audience devant la justice dominicaine prévue pour ce jeudi 31 janvier 2013. Une lettre avec la même teneur aurait également été envoyée au directeur de l’OIM à Genève.

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