La communauté haïtienne

Jacmel: les T-Shelters, abris provisoires ou permanents ?

La ville de Jacmel est complètement vidée de ses camps d’hébergement deux ans et demi après le séisme de janvier 2010. 360 familles issues des deux derniers camps ont été relogés durant la fin du mois de juillet. Selon les autorités, les 4 000 sinistrés du Sud-Est sont tous retournés à la « vie normale ». Par contre, les relogés des T-Shelters se demandent si ces abris conçus pour être provisoires resteront leur habitation définitive.
 

Pinchinat et Wolf sont les deux derniers des 36 camps de déplacés à être fermés définitivement dans la ville de Jacmel. Les autorités locales, de concert avec l’Organisation internationale de la migration, ont octroyé une enveloppe de 21 000 gourdes à chacune des 360 familles qui y vivaient pour leur permettre de louer une maison.

Plusieurs déplacés du camp de Pinchinat interrogés estiment qu’il était grand temps pour eux de quitter les camps où ils ont vécu dans des  conditions de vie vraiment difficiles. Cependant, personne ne semble leur avoir dit quand ils quitteront ces « abris provisoires ».

« Nous sommes arrivés ici depuis le 16 juin 2011 », confie Mme Claudine, qui a dû arrêter une partie de domino pour accorder cette interview.  Assise autour d’une petite table posée sur la galerie de son T-Shelters en compagnie de trois autres voisins, Claudine fait passer le temps en s’adonnant à son jeu favori. Questions d’oublier un peu ses soucis.

« Il y avait à notre arrivée ici 4 latrines communautaires  qui étaient construites pour trois mois selon les prévisions, mais voilà que plus d’un an après, aucun réaménagement n’y a été réalisé »,  s’indigne-t-elle. « Le comité du camp a fini par les détruire toutes, parce qu’elles puaient et nous empêchaient même de respirer, ajoute l’un de ses compagnons de jeu. Maintenant notre plus grand embarras, c’est que nous n’avons aucun endroit où faire nos besoins ».

Quelques-uns déduisent qu’ils sont là pour une durée indéterminée. « Les responsables ne nous ont donné aucune explication à ce sujet », s’attriste Claudine, qui habitait dans la ville de Jacmel avant le séisme dévastateur de janvier 2010 qui a détruit sa maison où elle et ses quatre enfants ont failli laisser leur peau.

Plus de 350 autres T-Shelters pareils à celui de Claudine sont érigés sur ce grand espace appelé « Village Beaudouin ».  Les familles qui y vivent sont issues des camps Pinchinat, Wolf, Sainte-Hélène, etc. Elles ont été relogées en août 2011 dans ces abris provisoires construits par l’OIM, dans le cadre d’un vaste programme national d’abris financé à hauteur de 13 millions de dollars.

L’un des représentants du village, Mme Sœurette, regrette que près de 2000  personnes soient installées sur ce site sans accompagnement. « Les autorités ont promis de nous fournir de la nourriture et du travail, mais aucune de ces promesses n’a été tenue. A l’heure qu’il est, il n’y a pas d’eau potable ni accès à des soins de santé pour les gens à faibles moyens que nous sommes », se plaint-elle.

Notons que la mairie de Jacmel est, elle-même, logée dans un local provisoire, jusqu’à présent. Le gouvernement haïtien projete d’investir 40 millions de dollars pour rendre la ville de Jacmel plus accessible et améliorer ses infrastructures, afin de la transformer en l’une des destinations touristiques les plus en vue du pays.

 

Saut-d’Eau ouvert aux investissements et au tourisme

Découvrir la commune de Saut-d’Eau avec ses diversités et ses possibilités

La commune de Saut-d’Eau, une ville d’eau. Bel atout pour la culture agricole. On a pu constater des sources un peu partout. Selon les révélations des autorités locales, les 4 sections communales de Saut-d’Eau, située à 26 km de Port-au-Prince ,ont une diversité éco-climatique. « La commune, a précisé M. Rénick Thélus, directeur du lycée de Saut-d’Eau, dispose de plusieurs grottes,  qui restent des monuments pouvant attirer des touristes, des chercheurs et des archéologues ». Il a cité en exemple la grotte Mahotière, située à Coupe-Mardi-gras et la grotte Toco ,située à proximité de la cascade. « Beaucoup de personnes commencent d’ailleurs à s’y intéresser », a-t-il ajouté.

Plus loin,  M. Thélus a révélé que la section Coupe-Mardi-gras est la localité la plus riche de la commune de Saut-d’Eau avec sa grande capacité de production en culture vivrière et en fruits. « Elle dispose d’un climat identique à celui de Kenscoff et une couverture végétale impressionnante », a-t-il fait remarquer.

Abondant dans le même sens, le maire de Saut-d’Eau a signalée que la commune est voisine du volcan La vigie. « Tous, des   attraits touristiques à visiter », a-t-il insisté. Beaucoup de possibilités d’investissements ont été abordées par les responsables durant cet échange d’idées. Ces derniers estiment que la route et  l’électricité ouvrent la ville aux investissements et au tourisme.

Infrastructures de services publics

En dehors des sites naturels qui sont très riches à Saut-d’Eau, les infrastructures des services publics sont plûtot dérisoires. Cependant, plusieurs d’entre elles continuent d’attirer des regards, d’après des responsables. La paroisse Mont-Carmel,située au cœur de la ville, par exemple, est un lieu très visité, selon le maire de la commune. Ce n’est pas la seule que la commune possède, il y a aussi la paroisse Notre-Dame du perpétuel secours située à Dubuisson.

Le marché se fait à Saut-d’Eau tous les mercredis et samedis sur un vaste terrain loué, il n’y a pas très longtemps, par le sénateur Desras Simon Dieuseul, d’après ce qu’a révélé le maire  Barthélémy. La production principale de la commune est la mangue. «deuxième  commune exportatrice de mangues après Gros-Morne. Ainsi, nous avons exporté environ 300 000 douzaines de mangues l’année dernière », a indiqué M. Barthélémy. Rénick Thélus estime, quant à lui, que ce chiffre peut largement augmenter si des acteurs investissent dans ce secteur. Il souhaiterait voir s’ériger dans sa commune des usines de transformation de fruits. Saut- d’Eau produit également beaucoup d’autres fruits, légumes et céréales, notamment,  l’ »Arbre véritable », le riz, le maïs, le petit-mil, le pois, l’ananas,la canne à sucre, pour ne citer que ceux-là.

Côté infrastructures hôtelières. C’est bien connu que la capacité d’accueil de la commune déborde durant la période de fête. Il n’y a que trois hôtels de niveau standard. « Des investisseurs sont très intéressés à se lancer dans le secteur de l’hôtellerie à Saut-d’Eau », a affirmé le premier citoyen de la commune, ajoutant que les Saudelais sont très hospitaliers et qu’ils font de leur mieux pour accueillir les visiteurs. « Mais dans deux ou trois ans, nous avons la garantie que les choses vont évoluer », a-t-il promis.

La sécurité laisse à désirer en général à Saut-d’Eau, car seulement 6 policiers peu équipés sont affectés au commissariat de cette commune qui compte environ 54 000 habitants. Heureusement que des policiers de Port-au-Prince et de Pétion-Ville les ont rejoints durant la période de fête.

Le maire de Saut-d’Eau a exprimé sa reconnaissance au gouvernement qui, malgré les problèmes du pays, n’a pas hésité à mobiliser des fonds pour investir dans sa commune.  Il souhaite que des projets qui visent spécifiquement le secteur éducatif finissent par atterrir dans sa communauté. « Le lycée de Saut-d’Eau, a-t-il précisé, est logé à l’école nationale, déjà en très mauvais état; il faudrait le reconstruire ailleurs ».

Le rêve de M. Barthélémy est de voir sa commune disposer sous peu d’un terrain sportif, d’un centre culturel et d’un centre cybernétique. De plus, il souhaite le renforcement de toutes les institutions de la ville. Enfin, Il demande  aux parlementaires de penser à travailler sur un projet de loi déclarant cette zone d’attraction touristique, centre de pèlerinage national et international.

 

La Mont-Carmel attire de plus en plus de pèlerins

La fête de la Mont-Carmel, qui s’est déroulée cette année dans la lumière à Saut-d’Eau, a attiré beaucoup plus de visiteurs par rapport aux années antérieures. Des centaines de milliers de pèlerins s’y sont rendus le week-end écoulé pour participer aux activités liées à la célébration de cette patronale, qui devient plus grandiose d’année en année.

Comme à l’accoutumée, la traditionnelle fête patronale de la Mont-Carmel de Saut-d’Eau s’achève le 16 juillet avec la célébration eucharistique qui se déroule dans la paroisse de la commune pour honorer la « Vierge-Miracle ».  Le couple présidentiel a assisté à la messe en compagnie de plusieurs autorités.

L’affluence a été plus forte que d’habitude, d’autant plus que l’accès a été plus facile grâce à une route toute neuve en voie d’achèvement. La capacité d’accueil de la commune  n’y a pas répondu. En dehors de ceux qui ont eu la possibilité de louer une chambre d’hôtel ou de se rendre à Mirebalais pour dormir, les visiteurs, de plus en plus nombreux à  l’approche de la fête, ont dormi partout. On a pu les remarquer sous des galeries, à l’intérieur de leur voiture, sous les arbres, par terre en pleine rue…

Implorer le secours  de la Vierge

Dès que le visiteur foule cette terre de pèlerinage, à l’entrée même de la ville, une atmosphère vaudouesque le saisit. Sous les arbres, dans les « lakou », catholiques et vaudouisants, dans un syncrétisme religieux, évoquent les saints et les ‘’lwa’’. Des bougies sont allumées au pied des arbres,  l’éternelle bouteille de « tafia » arrose les cérémonies où les cabris sont sacrifiés. Des dizaines de pèlerins s’assemblent autour de l’immense mapou, situé à l’entrée du bourg pour « implorer le secours  de la Vierge. Là, ils viennent «déposer» leurs problèmes quotidiens, disent-ils. Les pèlerins chantent en dansant, djakout en bandoulière, vêtus de chapeaux de paille, de robes Karabella et de bijoux locaux.

Une grande partie des visiteurs sont à Saut-d’Eau pour la première fois et s’empressent de découvrir le mystère de la chute d’eau. Bougies, savons, feuilles, cigarettes, allumettes, tafia, chapelets, images de saints et mouchoirs de toutes les couleurs, tout ce dont on peut avoir besoin pour entamer le pèlerinage sont étalés aux coins de la route. Tout ce qu’il faut pour manger également.

Les airs de vaudou joués un peu partout rappellent aux visiteurs qu’ils sont là pour se familiariser avec leur culture qui, selon plus d’un, est en voie de disparition. Ce qui n’empêche pas aux autres activités comme les animations musicales des chars de DJ, d’attirer la grande foule. De temps en temps, la ville se trouve complètement bloquée par  le déferlement des véhicules qui arrivent et repartent. L’arrivée du cortège présidentiel, dans la soirée, n’a pas arrangé la situation.

Les pèlerins se sont défoulés, vendredi soir, dans une commune bouillonnante d’activités et complètement éclairée par un système électrique à peine établi. Entre les groupes de « rara » qui sillonnent les rues, les animations musicales de DJ et les bals des artistes invités, ils ont choisi leur lieu de détente en fonction de leurs besoins et de leurs goûts. Le groupe Racine Mapou de Azor a satisfait ses fans par de belles compositions, même en l’absence d’Azor, décédé l’année dernière.  La relève a été assurée par Wilbert Joseph, Nickel Jasmin et Belfort André, qui ont beaucoup travaillé avec le défunt. Un hommage spécial a été rendu à Azor, qui était très attaché à cette fête. C’est la première fois depuis 18 ans qu’il y est  absent.

 Le chef de l’Etat a distribué des enveloppes

Samedi à  3h 45, les pèlerins ont été ravis d’accueillir le couple présidentiel qui a visité la chute d’eau. Martelly en maillot à col blanc avec « manman lavyèj tande rèl nou » inscrit dessus, et sa femme, vêtue d’un corsage léger et bariolé ont encouragé le tourisme local. Ensuite, le président a eu un bref tête-à-tête avec les membres du corps de surveillance du ministère de l’Environnement, qui avaient la mission de réaliser une journée de reboisement aux environs de la chute d’eau. Mission réussie, la veille, le chef de l’Etat a distribué des enveloppes contenant la somme de 250 gourdes à la population, selon le témoignage de certains bénéficiaires.

Plusieurs autres autorités et membres du gouvernement, dont des sénateurs, des députés et le chef de la police nationale, Mario Andrésol, ont fait le déplacement. Leur présence a rendu la circulation plus difficile. Ni cet embouteillage monstre ni les averses n’ont empêché à la commune de Saut-d’Eau de s’embraser durant les trois jours.

Kako, accompagné de T-Micky, a tenu un public restreint en haleine durant toute la soirée du samedi dans son habituel « Bingo Night », en dehors de la tension des rues.

Dimanche, les pèlerins ont été tellement nombreux qu’ils ont dû faire la queue pour aller vers la chute. Chacun y est allé pour une raison particulière, sinon par simple curiosité. Certains en ont profité pour prier, chanter ou se baigner à tue-tête, tandis que d’autres n’ont fait qu’explorer les lieux ou regarder les autres. Beaucoup d’étrangers ont également été de la partie.

Dimanche soir, ils ont eu pendant toute la soirée, sur le vaste terrain aménagé pour les recevoir: Boukman Eksperyans, T-Micky, Koudjay et Ram. Plus d’un croit que « la fête patronale la plus populaire du pays » n’a jamais été aussi grandiose que cette année.  Lundi matin de bonne heure, sans même assister à la messe traditionnelle, la majorité des visiteurs se sont empressés de rentrer à Port-au-Prince avec la même affluence qu’à l’aller.

Le danger est toujours présent

Suite au mouvement du sol survenu le 6 juin dernier à Kicroix, plus d’un s’est interrogé sur l’origine de ce phénomène et sur l’attitude à adopter par les habitants de cette localité. Une délégation du bureau des Mines et de l’Energie, à la demande de la direction de la Protection civile du ministère de l’Intérieur s’est rendue mardi 12 juin sur le site en question en vue de faire des observations de terrain. Claude Prépetit, Hermin Jean-Louis, Marceau Jean-Baptiste et Daniel Saint-Louis ont élaboré un rapport de circonstance.
 
La zone affectée par le mouvement de terrain est localisée à Bongars, environ 5 km au sud-ouest de Kenscoff, à la deuxième section communale de Kenscoff. Le rapport révèle que les localités touchées par le mouvement sont Kicroix, Boucambour et Saint-Antoine. L’accès se fait par la route en terre battue qui mène au Montcel. La zone en question n’est pas accessible directement par les véhicules, il faut s’y rendre à pied.
 
Dans la zone affectée par le glissement, les experts disent remarquer des calcaires broyés de l’eocène qui sont recouverts par des sols latéritiques de couleur rougeâtre de 1 à 2 m d’épaisseur (même plus). Ces derniers sont très sensibles à l’eau et peuvent être lessivés facilement par des eaux de ruissellement, ce qui est susceptible de créer des coulées boueuses, rapportent-ils.

 « Dans ces types de mouvements de terrain, poursuit le rapport, il y a lieu de considérer les facteurs naturels et les facteurs de déclenchement. Parmi les facteurs naturels, il y a lieu de signaler surtout : la topographie, la géologie et l’hydrologie. La zone où a lieu le glissement – est très escarpée (40 % de pente), la géologie est caractérisée par des sols latéritiques rouges peu épais reposant sur des calcaires très fracturés et broyés.

Le facteur de déclenchement est bien sûr la pluviométrie. De mars à mi-mai, il a beaucoup plu dans la zone. L’eau s’est accumulée dans les sols latéritiques très sensibles et il s’en est suivi un mouvement gravitaire.

De plus, la zone touchée par le glissement est située à 25 km à l’est de l’épicentre du séisme du 12 janvier 2010. Elle a été fortement secouée par ce séisme. Il est probable que de telles secousses aient pu réactiver ces anciens glissements qui se sont manifestés pendant la période de fortes pluies. »

 Impact du glissement

D’après les informations recueillies sur place par les experts, les maisons de 10 familles ont été endommagées par le glissement. Des routes ont disparu et beaucoup de jardins de maïs, de choux, de pois, de carottes, etc. sont perdus. Il n’y a pas eu de pertes en vies humaines. L’environnement de la zone est aussi perturbé. Une évaluation exhaustive des pertes est en train d’être finalisée par le Casec de la zone.

 Recommandations des géologues

Les zones de fissures observées en amont du point à partir duquel a lieu le glissement et sur lesquelles se trouvent encore des maisons, sont à évacuer. Nous sommes en plein dans la saison pluvieuse, il faut s’attendre à une amplification du phénomène dans les mois à venir. Il est important d’établir un cordon de sécurité autour de la zone et d’interdire toute nouvelle construction dans les localités de Kicroix et de Saint-Antoine jusqu’à ce que le mouvement soit stabilisé et mieux identifié. Les fissures observées doivent être surveillées régulièrement jusqu’à la fin de la saison pluvieuse et une campagne de géophysique serait intéressante à mener dans la zone pour évaluer la profondeur de la surface de rupture. A cet effet, le BME pourrait se faire assister par l’ IMSRN, moyennant que des fonds soient trouvés pour une telle étude.

 
Source: Rapport sur le glissement de terrain survenu à Kenscoff/Bongars, élaboré le 12 juin 2012, par l’ingénieur géologue Claude Prépetit.

Lire aussi: La terre s’ouvre  à Kikwa

La terre s’ouvre à Kikwa

La terre s’est fendue dans différents endroits, à Kikwa, une localité de Kenscoff. Ce mouvement du sol a endommagé au moins trois maisons, selon la coordonatrice du Mouvement des femmes haïtiennes pour le développement rural (MOFHADER), citée par Radio Signal fm. La responsable a tout de suite lancé un appel pressant à l’attention des autorités « en vue d’éviter le pire ».
 
C’est avec beaucoup d’étonnement que la population de Kikwa a assisté le 6 juin à cet étrange phénomène naturel. Les habitants de cette localité reculée de la commune de Kenscoff ont fait savoir que cela s’est passé aux environs de huit heures du soir en provoquant beaucoup de bruit. Cette situation a jeté un vent de panique au sein de cette population qui a dû, cette nuit-là, se refugier sur un vaste terrain, selon ce qu’a rapporté le photographe Yonel Louis, qui a accompagné une délégation du ministère de la Planification en visite là-haut la semaine écoulée.
 
Ce phénomène, vécu pour la première fois, les a laissés complètement perplexes. Le député de Kenscoff, Louis André Gustave dont le père habite la zone, s’y est rendu pour évaluer la situation et a demandé aux habitants d’évacuer. Ces derniers ont été hébergés ailleurs par leur famille ou des voisins. Le député a fait appel à la ministre de la Planification et de la Coopération externe, Josépha Gauthier, qui a tout de suite envoyé des kits de nourriture pour les sinistrés, selon Yonel Louis. Puis, le samedi 23 juin dernier, la ministre, accompagnée du député Gustave, a rendu personnellement visite à la population de cette localité pour constater elle-même l’ampleur des dégâts et distribuer les kits.
 
Les responsables ont pu relever qu’il faut emprunter une route extrêmement dangereuse pour se rendre à Kikwa où la population les a chaleureusement reçus, toujours selon notre photographe. Toutefois, ces citoyens n’ont pas manqué de critiquer le ministre de l’Environnement et les autorités haïtiennes en général, qui les ont complètement laissés de côté. Ces habitants se sont, malgré tout, réjouis de la visite de Mme Gauthier qui a promis de leur faire construire bientôt des abris provisoires et d’installer des lampadaires sur la route.
 
 

28 Dominicains d’origine haïtienne recouvrent leur nationalité

La Junte centrale électorale (JCE), en République dominicaine, a été condamnée mercredi par le tribunal du district de la chambre civile de San Pedro de Macoris pour avoir refusé de délivrer des cartes d’identification à 28 Dominicains d’origine haïtienne.

Selon l’ordonnance du juge Luis Alberto Mejia Adames condamnant la violation des droits fondamentaux de ces Dominicains, ces derniers devront être dédommagés à raison de 1000 $ US chacun, pour chaque jour de retard enregistré après la notification de ce verdict. Le juge s’est référé à l’article 259-12 de la Constitution dominicaine qui permet de mettre la JCE en accusation, en cas de violation du droit à la dignité humaine, à l’égalité, à la citoyenneté et à l’identité des citoyens dominicains.

Le verdict veut que les instances auprès desquelles ces 28 Dominicains avaient sollicité des pièces d’identification les leur octroient dans les plus brefs délais. Cette sentence fait suite à la requête formulée le 11 mai dernier par ces Dominicains d’ascendance haïtienne, qui ont eu recours à la justice contre la JCE et les Conseils électoraux des municipalités pour leur avoir refusé le droit d’obtenir leurs cartes d’identité, afin de prendre part aux récentes élections qui se sont déroulées en mai 2012 en République dominicaine. Cette démarche à été menée à bout par Maria Victoria Méndez Castro et Natanael Santana Ramírez du conseil de la défense de ces 28 Dominicains.

Rappelons que ces derniers avaient manifesté le mardi 12 juin 2012 devant le siège de la JCE et des Conseils électoraux dans différentes villes de la République dominicaine pour réclamer la révocation de la résolution annulant leur nationalité. Résolution  qui, avaient-ils dit, nient leurs droits. 

Pétion-Ville, à la veille de sa fête patronale

Pétion-Ville s’apprête à fêter la Saint-Pierre. La patronale s’annonce grandiose. A cette occasion une série d’activités se dérouleront du 17 au 29 juin en cours sur plusieurs sites de la commune. A la veille de cette période de fête, au coeur de Pétion-Ville, c’est l’empressement. Les sites qui doivent accueillir les activités prévues sont en pleine préparation.

Il  est 2 heures et demie de l’après-midi à Pétion-Ville, le soleil est brûlant et la chaleur insupportable en ce jeudi 14 juin 2012. Des tracteurs et des camions du MTPTC, conduits, la plupart, par des femmes, vont et viennent sur le grand terrain en face de l’église Saint-Jean-Bosco. Ils emportent les détritus qui s’y trouvaient et rapportent des remblais que les travailleurs étendent ensuite sur le sol avec des « rouleaux », suivant les directives d’un homme âgé qui coordonne le tout avec de grands signes de la main. Le terrain, en dépit de l’état d’avancement des travaux, pue encore l’odeur des ordures enlevées. C’est un très grand terrain de forme arrondie, qu’on a entourée d’une immense clôture de fil de fer pour empêcher l’intrusion des passants ou des marchands qui, d’ailleurs, se sont assemblés aux alentours pour observer.

Tout autour de l’espace, des ouvriers  armés de pioches, de planches et de « Plywood » s’acharnent au travail. « Nous sommes en train de construire des stands pour les marchands qui auront à exposer leurs produits ici durant les jours de fête », explique l’un d’entre eux, qui semble être le responsable du chantier, mais qui n’a pas voulu révéler son identité. Ce dernier assure que tout sera prêt d’ici dimanche.  « C’est là que se dérouleront les principales activités relatives à la commémoration de la Saint-Pierre », ajoute-t-il.

Pétion-Ville en général se trouve dans un état d’empressement ce jeudi. L’empressement spécial habituel, accentué par les préparatifs de la fête. Les gros camions et loaders qui vont et qui viennent au niveau de la commune provoquent cependant un sérieux ralentissement. Les bouchons deviennent inévitables et de plus en plus fréquents. Tout près du terrain « Don Bosco », des policiers de l’UDMO assurent la sécurité.

Plus loin, des marchandes courent dans tous les sens, toutes les cinq minutes, poursuivies par des agents de la mairie, qui veulent que les lieux soient totalement libérés pour la période de fête. « Avant-hier, on avait évacué tout le monde, les rues étaient presque vides, mais petit à petit les marchands finissent par regagner leur place », confie un marchand de boissons gazeuses, esquissant un sourire ironique.

Du bruit, il n’en manque pas! Des coups de klaxon des gros camions, dont les conducteurs oublient qu’ils ne sont pas  sur une route nationale, à ceux des motocyclettes qui arrivent de partout, en passant par les marchands de médicaments ambulants, les voitures publicitaires et les marchandes qui s’engueulent entre elles ou qui offrent toutes sortes de produits aux passants, tout y est pour former ce vacarme qui donne le vertige.

Il y aura beaucoup d’activités durant cette période qui durera au moins 10 jours, d’après les Pétion-Villois. Championnat sur la place Boyer, concours, spectacles; un registre d’inscription est d’ailleurs ouvert à la mairie de Pétion-Ville à l’intention de ceux qui veulent y participer, selon une annonce affichée au mur de l’église Saint-Pierre.

La place qui porte le nom du Saint qui va être célébré est en pleine rénovation. Elle ne sera pourtant pas encore prête pour l’évènement, selon les ouvriers qui y travaillent. L’odeur du ciment y est encore très vive, Boss Jacky est en train de construire un jet d’eau. « On a prévu de finir les travaux le premier juillet, d’ici là; la fête sera à peine finie », indique ce dernier, révélant que c’est la compagnie CECA ingénierie qui est responsable des travaux qui se réalisent sur la place depuis le 27 mars dernier. « Je suis responsable de tondre et de replanter le gazon, mais faute de matériel, je suis obligé de faire un arrêt », rapporte un autre ouvrier couché à l’ombre d’un manguier sous lequel les autres ouvriers ont déposé leurs vêtements.

Visiblement, à la fin de ces travaux, la place Saint-Pierre – occupée durant deux ans par des réfugiés -deviendra un endroit très agréable.

Quant à la place Boyer, les passants disent avoir entendu dire que des travaux d’assainissement s’y réaliseront bientôt pour permettre le déroulement du championnat de football. Entre-temps, malgré les ordures sèches que le vent soulève de temps à autre, tout va de bon train sur cette place où les marchands, les motocyclistes et les passants vaquent à leurs activités habituelles en attendant la Saint-Pierre.

Au secours du Centre de formation pour l’école fondamentale

Le Centre de formation pour l’école fondamentale (CFEF), sis à Martissant, partage son local depuis le 12 janvier 2010 avec un centre d’hébergement. Une situation qui entrave la bonne marche de l’institution déjà en proie à des difficultés. Les élèves ont beau tenter différents mouvements de protestation, jusqu’à présent aucune décision n’a été prise par les autorités concernées pour améliorer leurs conditions d’apprentissage.
 
Jeudi 31 mai 2012, 11 h 18 a.m. La barrière verte à moitié démolie du Centre de formation pour l’école fondamentale (CFEF) est grande ouverte. Les deux extrémités de l’entrée sont occupées par une marchande de nourriture et un forgeron qui travaille tranquillement le fer à coup de marteau. N’importe qui peut y entrer. Il faut juste traverser une mare de boue. Un petit garçon se baigne au milieu de l’allée qui mène à l’établissement, près d’une fontaine à laquelle les riverains viennent puiser l’eau. Un homme à moitié nu fait le va-et-vient dans la cour de l’école où quelques étudiants sont éparpillés çà et là pour revoir leurs notes.
 
Des soldats srilankais se sont fait une place non loin de la fontaine d’eau, en face du grand immeuble non entretenu qui héberge le CFEF à Martissant, entre l’église Sainte-Bernadette et l’école nationale de Martissant. « On a dû faire appel à ces soldats pour assurer la sécurité, suite à plusieurs actes de banditisme survenus dans les parages », rapporte un étudiant en deuxième année requérant l’anonymat.
 
Depuis le séisme de janvier 2010, le CFEF partage sa cour avec un camp d’hébergement de plusieurs dizaines de tentes. « La présence de ces gens constitue un handicap majeur à la bonne marche de notre école qui, depuis janvier 2010, fonctionne au ralenti », se plaint un autre élève, dénonçant le mauvais comportement des réfugiés. « Dans ces tentes, poursuit-il, il y a toutes sortes d’individus. Ils fument de la drogue, salissent nos locaux, volent notre matériel et se promènent n’importe où, n’importe comment ».
 
Le plus grand rêve des étudiants du CFEF est de voir partir les refugiés de leur espace. Cependant, il leur semble que cela ne se réalisera pas bientôt, car, jusque-là, aucune décision relative à cette évacuation n’a été prise par les autorités concernées. Outre la cohabitation avec des réfugiés, les étudiants font aussi face à des difficultés liées au manque de matériel et à la formation insuffisante. « Il n’y a pas assez d’ouvrages dans la bibliothèque ni d’ordinateurs dans la salle d’informatique », déplore un autre étudiant en troisième année.
 
En dépit de tout, ces apprenants reconnaissent avoir de bons professeurs et un programme presque équivalent à celui des étudiants des sciences de l’éducation. « Mais après nos études ici qui durent trois ans, nous sommes sans statut et n’avons pas la garantie de trouver un emploi. De plus, on ne nous décerne qu’un certificat, alors que notre niveau mérite au moins un diplôme ».
 
Les responsables de l’établissement ne souhaitent faire aucun commentaire sur les conditions d’apprentissage au sein de l’école ni les revendications des étudiants.
 
Le CFEF a été créé pour pallier les problèmes de base de l’éducation en Haïti et pour servir l’Etat, selon ces jeunes en formation, qui regrettent que la plupart des cadres formés à ce centre, s’ils ne sont pas complètement au chômage, travaillent dans des écoles privées. Lors de sa création en 1999, il était question de construire, au fur et à mesure, une annexe dans chaque département. Ce qui n’a jamais été fait.
 
Pour faire passer leurs revendications, plusieurs mouvements de protestation (marche pacifique, arrêt des cours) ont déjà été organisés par les étudiants, il y a environ un mois. « Les responsables du MENFP ont promis de nous rencontrer, mais à chaque fois ils reportent le rendez-vous », dénoncent en choeur un groupe d’étudiants visiblement en colère, qui menacent de reprendre les mouvements de protestation si aucune décision n’est prise dans un bref délai. Ils en ont profité pour exprimer leur mécontentement par rapport à leur « exclusion » au sous-programme d’enquête du programme de scolarisation gratuite de la présidence. « Ils cherchent à anéantir l’unique centre de formation pour l’école fondamentale de l’Etat; c’est une honte », estiment-ils.
 
Au moment où la présidence prône la scolarisation universelle, gratuite et obligatoire, ces futurs enseignants se demandent si une éducation de qualité est possible sans une formation adéquate des maîtres, tout en appelant la MENFP à réviser sa façon de les traiter.
 
 

Anse-à-Veau veut sortir de l’ombre grâce au karaté

Haitian Sports Foundation (HSF) évolue depuis près d’un an à Anse-à-Veau dans le domaine du karaté, au bénéfice des enfants et des jeunes. Cette année, la fondation veut offrir un complexe sportif à la population de cette commune. Les responsables ont fait le déplacement des Etats-Unis la semaine écoulée pour entamer le processus de matérialisation de ce projet, évaluer leurs apprenants en karaté et inaugurer à leur intention un centre multimédia branché sur Internet.

 « Oss ! », s’exclame Pierre Dony Cérisier, 13 ans, visiblement stressé dans son « Kimono » blanc entouré d’une ceinture de la même couleur, devant ses maîtres et ses compagnons. Il vient de prononcer la formule de salutation, avant de débuter son kata. Pierre Dony fait de son mieux pour satisfaire le sensei Mario Arthur, venu de très loin pour apprécier son show, ce samedi 16 juin 2012 dans la chaleur de midi, par un temps qui annonce la pluie à Anse-à-Veau. Le maître est très strict sur les détails qu’il faut absolument respecter, mais reconnait les progrès de Doug, depuis la dernière fois qu’il l’avait testé.

Pierre Dony Cérisier est en 8e année fondamentale au lycée national Boisrond Tonnerre de Anse-à-Veau. « J’aime beaucoup le karaté, depuis la première fois que j’ai vu un show de karaté à la télévision, j’ai voulu devenir karatéka », nous confie-t-il, les yeux écarquillés par la passion, avant d’ajouter : «On avait ouvert un registre d’inscription pour ceux qui désiraient devenir membres de ce club de karaté, lors d’un camp organisé au lycée en août dernier, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion ». Dony est entouré de près d’une soixantaine d’autres apprenants comme lui qui attendent leur tour dans cette petite pièce située sur un vaste terrain isolé, qui doit devenir bientôt le complexe sportif d’Anse-a-veau.

A côté, dans une autre pièce encore plus confinée, Murthi Ghanti, professionnel en informatique de réseau venu de l’Inde, et Evens Jean Baptiste, spécialiste en installation de panneaux solaires, branchent les ordinateurs dans la nouvelle salle de multimédias. Sur la petite galerie, des parents attendent, tandis que d’autres sont réunis sur la cour du centre pour discuter avec les responsables de HSF autour des projets de la fondation pour leur communauté. Les projets sont abordés, discutés et coordonnés. Les travaux de construction du complexe sportif débuteront en octobre prochain, selon les responsables. Les parents sont sûrs que HSF est en train de réaliser un excellent travail dans leur communauté.

L’implantation de ce centre multimédia branché sur Internet permettra, selon Diègue Blendell qui en est lui-même le responsable, aux différents membres de HSF du monde entier de pouvoir échanger avec ceux de Anse-à-Veau. « Des logiciels éducatifs seront mis à la disposition des enfants et cela nous permettra d’aller plus vite. C’est un pas de plus vers le développement », indique-t-il. Plus tard, le centre sera ouvert aux parents, qui pourront s’en servir pour communiquer, car jusqu’à présent, il faut aller jusqu’à Miragoâne pour avoir accès à l’internet, selon M. Blendell.

« Au début, il y avait une nette ignorance de ce sport dans la mentalité des enfants d’ici, mais avec notre travail assidu, nous pouvons dire que nous avons fait beaucoup de progrès », indique le sensei Diègue Blendell, qui voit dans le sport qu’il enseigne aux enfants un moyen de leur inculquer la sagesse, la discipline, le volontariat, le sens du devoir et le civisme. M. Blendell, vétéran de HSF, est venu du Cap-Haïtien pour s’installer définitivement à Anse-à-Veau dans le seul but de faire ce noble travail.

Le minuscule bâtiment qui héberge la salle multimédia et la salle d’entrainement du club de karaté lui sert également de maison. Il a fait ce « sacrifice » parce qu’il est un passionné du karaté et qu’il lui faut aller jusqu’où cela peut l’emmener, tout en nourrissant le rêve de devenir un coach international. Pour les enfants, M. Blendell n’est pas seulement un maître de Karaté, mais un éducateur à part entière et un père. « Ils font beaucoup d’efforts également, certains d’entre eux parcourent des kilomètres pour venir jusqu’ici trois à quatre fois par semaine pour les entrainements », reconnait le karatéka professionnel.

Le sensei Diègue Blendel et quelques autres membres de HSF issus de Carrefour et d’Anse-a-Veau iront représenter Haïti à Panama en août prochain dans un championnat international de karaté, ont fait savoir les responsables.

HSF a été créé en 2004 dans le but d’honorer les frères Abellard, pionniers du karaté. « Nous avons rencontré des grands de différentes disciplines sportives pour réfléchir autour des moyens d’aider Haïti à travers le sport », affirme l’ex-président de la fondation, Mario Arthur, expliquant qu’aujourd’hui, HSF évolue à Port-au-Prince, à Limbé, au Cap-Haïtien, à Carrefour et aux Etats-Unis.

« En 2010, un ami nous a offert un terrain à Anse-à-Veau et la population de cette commune nous a accueillis à bras ouverts », ajoute le président actuel, Turnier Espérance, pour justifier leur présence dans les Nippes. Les deux responsables ont fait savoir que leur fondation organise deux fois par an un camp pour faciliter l’échange avec leurs différents membres. « Le premier camp de cette année a été organisé au ranch de la Croix-des-Bouquets; des membres de HSF venus de Carrefour, de Anse-à-Veau et des Etats-Unis y ont pris part », souligne M. Espérance.

A en croire les propos du président de la fondation, HSF ne vise pas seulement le karaté, mais le sport en général et tout ce qui peut aider la jeunesse à évoluer. Il vise un véritable mariage du sport avec l’éducation et la technologie.